DEBAUDRENGHIEN - Huit siècles d'histoire en Hainaut.
~ Dernière mise à jour : 15 JANVIER 2012 ~
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Avant-propos
Ce site est consacré à l'étude patronymique et généalogique des "de" ou "der" Baudrenghien sédentarisés en Cambrésis, en Tournaisis et en Hainaut depuis des temps très anciens. Les intervenants y sont succinctement reconsidérés dans leur contexte historique et sauf indication contraire, dans les limites géographiques de l'actuelle province belge. Outre les habituelles recherches d'archives communales ou paroissiales et autres monographies, elle résulte des mentions manuscrites ou imprimées données par les généalogistes distingués de toutes époques confondues, tels que du Chastel, de Grez, de Lannoy, de Vegiano, Goethals, Herckenrode, Laisné, Le Blond, Saint-Genois, Scohier, etc., et est agrémentée, tant que faire se peut, d'observations de terrain.
Nous vous souhaitons une plaisante lecture.
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Introduction & Remerciements
Durant son camp d'été 1962, une patrouille de scouts tournaisiens, surprise par une averse, s’abrite dans la petite église de Cour-sur-Heure, non loin de Thuin. Parmi les jeunes se trouve Jean-Pierre Debaudrenghien, qui découvre stupéfait la dalle funéraire d'un Jacques qui porte le même nom que lui; seigneur du lieu, mort trois siècles plus tôt.
De cette trouvaille naît une passion qui le poussera bientôt à entamer de sérieuses recherches généalogiques, que nous poursuivons depuis plusieurs années ensemble, avec un enthousiasme commun.
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Nous tenons à exprimer notre gratitude pour leur aide précieuse; par ordre alphabétique à Monsieur le Doyen de Leuze Francis Cambier, à Mr. Bernard Demaire (de Orcq, co-fondateur en 2010 du cercle d'histoire «Ligne 4»), au Docteur Jean-Pierre Derbaudrenghien (de Jamioulx) et à Mr. Pierre Looze (de Gerpinnes).
Nous remercions également pour leur collaboration: les Archives Départementales du Nord [F]; les Archives de l'Etat à Tournai; les Archives Générales du Royaume et la Bibliothèque Royale Albert Ier (Albertine) à Bruxelles ~ Les Bibliothèques des Hautes Ecoles d'Arts Plastiques à Mons et du Hainaut Occidental à Leuze ~ Les Administrations communales d'Estaimpuis, et plus particulièrement celles de Flobecq, de Silly et de Tournai pour leur courtoisie ~ Le Courrier de l'Escaut ~ Mrs Raphaël Debruyn, Marc Vuidar et toute l'équipe du Musée de l'Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines ~ l'Ecomusée du Pays des Collines à La Hamaide, son conservateur, Mr André Cotton et son assistante, Mme Odette Triffin, où nous avons toujours, là aussi, reçu un très bon accueil ~ feu Jean-Marie Debo (Wannebecq) ~ Son Excellence Jean-François Delahaut, à l'époque Ministre-Conseiller à l'Ambassade de Belgique au Gd-D. de Luxembourg ~ Madame Anne-Marie Demenil, professeur d'histoire à la retraite ~ André de Meyer, Archiviste du cercle historique local de Overmeere & le Commandant Daniel de Saint-André, Président honoraire du Cercle Généalogique du Ministère de l’Intérieur [Fr], pour son aide sur les Coudenhove ~ Mlle. Isabelle Deramaix, archéologue pour la Région Wallonne ~ Mrs. Damien Desqueper de l'A.G.H.B. à Tournai ~ Adrien Dupont, Archiviste de la ville d'Ath ~ les généalogistes éclairés; Yves Fremat, Jean-Charles de La Hamaide (Paris), Anne Hamaïde (Aix en Provence) et Luc de la Hamette (Gd-D.Lux) ~ Maître Constant Jonniaux, notaire à Ville-Pommeroeul ~ Fraü Marion Kolanoski & Rainer Michaelis, Conservateur du Staatliche Museen zu Berlin, ainsi que J-P Meulemeester, historien d'Art (Bruxelles) ~ Messieurs Patrick Gillard et Philippe Michiels (Evregnies) ~ Jean-Pierre de Palmas; Daniel JSM Peeters; Patrick Seeuws (Cour-sur-Heure) ~ Mme Sory, propriétaire de la ferme du Temple à Saint-Léger ~ Messieurs Yves de Tarade & Claude d'Ampleman, créateurs du "Grand Armorial" ~ Yves Vandamme (Hérinnes) ~ Mrs Peter Frischkörn et Alain Wÿns pour leurs traductions.
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2. Recherche onomastique & étymologique
L’onomastique est l’étude des noms
propres de personnes (anthroponymie) et
de lieux (toponymie)l'étymologie
est la recherche
de leur origine.
audrenghien, Baudringhien, Boudrenghien, Boudringhien,
Debaudrenghien, Debaudringhien, Derbaudrenghien, Derbaudringhien,...
Au Cinquième siècle, parmi les peuples barbares jaillissants des décombres de l'Empire romain, les Francs Saliens, venus de la région de l'Yssel* sous la conduite de Clodion, s'emparèrent de nos régions.
Au siècle suivant, Mérovée, chef mythique s'il en est, s'établit à Tournai et y fonda une dynastie si importante dans l'histoire, qu'une période de quatre siècles porte son nom.
* Ijssel : Rivière des
Pays-Bas alimentée
par le Rhin.
Les Mérovingiens entretinrent une relation d'intérêt récurrente avec les Romains et s'accommodèrent volontiers de leur mode de vie. Ils cohabitèrent en bonne entente et obtinrent même, chez nous, le statut d'alliés de l'empire décadent qui, de son côté, avait conservé l'opportunisme de son passé glorieux.
Si les autochtones du nord, moins "romanisés*", s'adaptèrent à la civilisation germanique, on observa une intégration inverse au sud, qui, in fine, permit à Clovis de rapprocher son empire du catholicisme* et insinua avec l'adoption progressive de la langue parlée, la transcription en latin des lois saliques de tradition orale, telles que la mise à l'index des mariages consanguins ou l'écartement des femmes du droit de succession au profit de la primogéniture masculine.
*Le "pays flamand" compte 10 fois moins de villas romaines que la Wallonie où l'on en dénombre environ 400
*Vers 486, Tournai devient un siège épiscopal dépendant de l'archevêché de Reims. Son premier évêque est : Eleuthère. - Après 496, Clovis se fait baptiser à Reims suite à la victoire de Tolbiac
Les fréquentes désinences nominatives gallo-romaines "-iniacum", ("lieu de"), se déclinèrent à partir du VIème s. en "-inga haim" et plus tard, par contraction en " -ghem", " -gem" ou " -gen", déclinaisons purement «thioises» (germaniques), désignant l'«habitation ou le domaine des gens de…» et ce, sur une vaste étendue demeurée partiellement bilingue, s'étendant du Pas-de-Calais à la frontière rhénane.
Au VIIème s., sous la pulsion évangélisatrice des sièges épiscopaux de Tournai et d'Arras, les parlers romans recrûrent, mais ce n'est qu'à partir du XIIème siècle, avec l'ébauche spontanée d'une frontière linguistique, qu'elles apparaîtront systématiquement au sud de celle-ci sous la forme francisée "-ghien", quand les puissants propriétaires terriens que seront devenus les monastères et autres abbayes feront dessoucher les bois de leurs donateurs (sarts, roeulx) et convertiront les terres vagues (trieux) en labours, provoquant la genèse de nouveaux villages cernés de terres rendues cultivables.Nous savons ainsi
que les localités
hainuyères de Leuze,
Chièvre, Lessines et
Anvaing, existaient
déjà à cette époque.Pour complément, lire Maurits GYSSELING:
"La genèse de la frontière linguistique dans le nord de la Gaule".
Il est intéressant, à ce propos, de se pencher sur une zone limitrophe restreinte, au sud de l'axe linguistique "Renaix-Halle" où, sur une vingtaine de kilomètres, l'on retrouve nombre de ces noms en "-ghien" et où fut découverte, aux limites de Meslin-l'Evêque et de Ghislenghien, une villa romaine d'importance estimée au Premier siècle de notre ère.
Ainsi, Edingen (Enghien), habitation des gens de «Edo» ; Oeudeghien, demeure de «Eude» ; Ghislenghien, maison de Ghislain ; «Baldeghem» (Baldwin) «Baudrigen» ou «Boudergem», francisés «Baudrenghien»; domaine de Baudry ou de Baudouin.
Notons que ces prénoms à forte consonance ont en commun la racine «Baud*» qui est la francisation du flamand "Boud", ou de l'allemand "Bald", qui avaient au Moyen Age le sens de "Hardi". C'est pourquoi on peut rencontrer des variantes empreintes de mixités linguistiques telles que «Baudringhem» à Campagne-lès- Wardrecques [France 59] ouBaldwin :
Bald = "audacieux"
Win = "ami"
Baudry, dériv. Baldéric
Bald = Baud = "hardi"
Ric = "puissant et roi".
«Boudenghien» à Flobecq, ce dernier lieu étant avancé par Jules Herbillon et Jean Germain* comme le berceau hainuyer des patronymes «Baudrenghien», «Baudranghien», «Baudringhien» «Boudrenghien», «Bouderenghien» (p.131); «Debaudrenghien» (p.209), la préposition "de" marquant l'origine ou la propriété et enfin, «Derbaudrenghien» (p.255), "Der" étant le génitif féminin singulier de l'article néerlandais "de" (p.254).
"Dictionnaire des noms de famille en Belgique romane..."
Ed. Crédit Communal
1996, vol I (A-N)
pp. 105, 131, 209 & 255.
Boudenghien à Flobecq est aujourd'hui un quartier résidentiel prisé pour sa quiétude.
C'est aussi au XIIe siècle qu'entrent en usage les surnoms qui deviendront nos patronymes: on singularise alors les prénoms en y associant soit le prénom du père (Jean Martin); une profession (Jean Meunier); un sobriquet (Jean Le Borgne) ou comme dans notre cas, un lieu de référence. Mais si le hameau de Boudenghien à n'en pas douter fut occupé et rebaptisé par des colons Francs, la population préexistante aura été Romane auparavant et peut-être Gauloise avant elle et dès lors, sans un test ethnique d'Y-ADN, il nous serait hasardeux de revendiquer l'appartenance à l'une de ces communautés.
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3. Evolution du patronyme & répartition
*
1842-1846, suppression dans le registre communal d'Evregnies du premier "R" du nom, pour
les descendants de Louis Jh De(r)baudrenghien (ref.5050) époux de Joséphine Pinchemail.
La graphie la plus répandue est "Derbaudrenghien". On estime, en 2006 qu'ils sont environ 80, répartis en Flandre et en Wallonie. Suit une soixantaine de "Boudrenghien", tous établis dans la partie francophone du pays. Sont restés fidèles au Hainaut, une vingtaine de "Debaudrenghien" tous apparentés; une quinzaine de "Baudrenghien" et autant de "Bouderenghien". Nous trouvons également une dizaine de "Baudranghien" dans la région liégeoise. Une quarantaine de "Boudringhien" et une quinzaine de "De Baudringhien" sont concentrés en Flandre Orientale et dans la région d'Anvers, peut-être et avec toutes les réserves d'usage, en rapport avec les "Baudrenghien", dits "de Bouloigne", qui habitèrent cette ville plusieurs années avant de s'expatrier à Amsterdam en 1546 ?. Il subsiste enfin une poignée marginale de "Baudringhien" et "Derbaudringhien" en Tournaisis. Soit un peu moins de 300 porteurs du patronyme et de ses dérivés.
En France; nombres sensiblement identiques de "Baudrenghien" et "Boudrenghien" localisés principalement dans le département du Nord [59], notamment à Lille, Roubaix et Armentières; mais aussi dans la Somme [80]; en Charente-Maritime [17] et dans le Lot et Garonne [47]. Pour les Debaudrenghien, "Généanet" m'a donné fin 2010: 36 personnes dans le Nord-Pas-de-Calais (67,97 %); 16 en Ile-de-France (30,19 %) et 1 en Poitou-Charentes, soit 53 résidents.
Sur un site de socialisation, nous voyons aussi quelques Debaudrenghien (sic) de nationalité espagnole dont il serait extrêmement intéressant de connaître le parcours (voir 1666).Chiffres donnés à titre indicatif, sources Internet non officielles.
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4. Origines hainuyères*
* Orthographe francisée admise par le dictionnaire Larousse.
"Je ne fçay fi c'eft Famille eft originaire de Hainaut, où d'Artois, bien fcais-je qu'elle fe fit connoiftre en Cambrefis dés l’an 1232". (sic)
Jean LE CARPENTIER : Histoire de Cambray et du Cambrésis (1664) "De l'estat de la Noblesse" III- p.182
"Le plus ancien sceau que nous ayons vu est celui d'un Piérart de Baudrenghien qui portait pour armoiries une croix cantonnée de quatre étoiles. Il vivait en 1370 et avait pour contemporain Ernoul de Baudrenghien qui scellait en 1374 d'un écu portant la Hamaide de trois pièces chargées de besants..." (sic)
Comte du CHASTEL de la HOWARDERIE:
La Noblesse Belge, Annuaire de 1912,
tome I, page 281
Tous les généalogistes qui se sont penchés sur notre patronyme se sont immanquablement posé la question de savoir s'il y avait une ou deux familles homonymes, toutes deux établies dans le nord du Hainaut ?
La solution pour beaucoup était qu'un Baudrenghien portant la croix de gueules cantonnée d'étoiles aurait, après une alliance avec une La Hamaide, repris les armes de cette famille en chargeant les pièces de la Hamaide d'un nombre, d'ailleurs variable de besants. On peut lire cette affirmation dans Herckenrode1 ,Castro y Toledo, Goethals2 etc., qui tous assurent que Jacques de Baudrenghien, mort en 1523, fils d'Arnould et de Flandrine de La Hamaide, aurait repris les armes de sa mère. Mais dans l'ANB de 1912 le comte du Chastel signale qu'il a trouvé dans un acte tournaisien daté de 1413 une Marguerite de La Hamaide citée comme épouse d'un Ernoul de Baudrenghien. Ne serait-il pas le prisonnier de Baesweiler, Arnould van Baddelghem3, faisant déjà usage en 1374 d'une fasce à une hamaide de 3 pièces, respectivement chargées de 3, 2 et 1 besants et dès lors, lui le premier qui aurait adopté les armes de cette famille, celles de sa femme ?Albert de LANNOY
"A propos des Baudrenghien"
Le Parchemin n°183
Mai - juin 1976
pp. 142-143.1 HERCKENRODE
"Nobiliaire des Pays Bas et du Comté de Bourgogne"
Vol.I, page119.2
F. GOETHALS
"Dictionnaire généalogique et héraldique"
T.L., pp. 537-538.3 Alph. VERKOOREN
Inventaire des Chartes et Carulaires de Brabant. 1153-1383, page 482 (Hayez 1913)
Nous verrons plus loin, qu'un autre Baudrenghien renoncera à transmettre son blason et jusqu'à son nom à sa descendance, contraint d'adopter ceux de sa belle-famille quand il épousera en 1579, une demoiselle de Cramet, dame de Loges.
A la fin du XVIIème s, l'officier Héraut roi d'armes, Jean-Baptiste, Antoine de Grez, se distingua de ses prédécesseurs en ébauchant un arbre généalogique représentant les deux blasons côte à côte1. Il cautionne le travail de son contemporain, Jean Le Carpentier, en le débutant par un aïeul commun portant l'écu tournaisien à la croix de gueules et attribue les premières armes aux hamaides brisées de besants à Jacques, fils d'Arnould de Baudrenghien et Flandrine de La Hamaide. Goethals adhèrera plus tard à cette théorie en la retranscrivant sous forme d'un tableau manuscrit, conservé à la Bibliothèque Royale 2.
1 Fonds héraldique du Ministère des Affaires étrangères, sous réf. 3m46.
2 Cabinet des Manuscrits
"Fonds Goethals"
réf. ms G.998 (XIX°s)
A contrario, le comte Paul-Armand du Chastel de la Howarderie (1847-1936) suivi par les généalogistes modernes, refuse cet amalgame et dissocie les familles homonymes de Lessines et de Tournai, dont la proximité ne serait que géographique et purement fortuite.
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4.1. Les (de/der) Baudrenghien portant d'or à la croix de gueules
Armes; origine, signification.
Les premières armoiries apparaissent en Europe occidentale entre 1120 et 1150 afin de distinguer les belligérants en armure sur les champs de bataille. Un second atout généralisera son usage au sein de l'aristocratie avant la fin du même siècle; celui qui deviendra par coutume et intérêt de gracier une vie contre une rançon. Tradition qui ne sera trahie pour la première fois qu'en 1415 par les Anglais à la sanglante journée d'Azincourt. Au XIVe siècle, on brode les insignes des familles sur la cotte d'armes portée par-dessus l'armure. Les, les vitraux des églises et de nombreux objets de la vie courante sont ornés de blasons. C'est ce qui donne naissance au terme «armoiries» (armes, armoyer).
À partir du XVIIIe siècle, avec le développement de nouveaux emblèmes (chiffres, devises, monogrammes), cet usage décline..
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A l'exception des armes figuratives ou de celles qui font allusion à un fait historique, les symboles colorés et géométriques qui les composent n'ont souvent aucune signification particulière, l'ensemble n'étant que la marque d'une famille.1
L'Armorial figuré de Tournai et du Tournaisis, planche 9, représente en noir et blanc avec hachures et pointillés pour distinguer métaux et couleurs; un blason de Baudrenghien / d'Er(e)baudrenghien portant d'or à la croix de gueules (rouge) cantonnée de 4 étoiles à 6 rais de sable (noir).2a
D'après le même ouvrage paru dans "la revue Tournaisienne" après 1910 et consultable aux Archives de l'Etat locales, une seule autre famille du Tournaisis portait d'or à la croix de gueules: l'illustre famille de Mortagne, après que Arnould, châtelain de Tournai adopta la croix. Elle aura toutes sortes de brisures, mais demeurera la croix de Mortagne, de gueules sur champ d'or 6, un des deux plus grands noms du Tournaisis et de la Pévèle 2b.Mais dans un temps où tout satisfaisait au nom de la religion, la croix trouva sa place sur nombre de blasons. Tous les Croisés l'ont portée par-dessus leur cotte de maille, mais devenue tellement usuelle qu'elle en a perdu cette distinction1. Par ailleurs, le symbole de la chrétienté pourrait représenter la garde de l'épée du chevalier 3; un signe de rédemption adopté par les Preux dont la bravoure était exaltée par la dévotion.4
Les auteurs qui attribuent aux métaux et couleurs une signification uns signification (ex.: gueules=courage et loyauté) ne sont que des charlatans ou des naïfs. 1
En 1188, au départ de la Troisième Croisade les alliés convinrent de distinguer leurs combattants par la couleur de leur croix. Le rouge fut attribuée aux français 5, mais la norme -toutefois non restrictive- des étoiles est de 5 rais en France et non de 6 rais comme en pays germaniques 5. Nous verrons d'ailleurs que dans notre cas elles feront l'objet d'une brisure en ce sens pour les Baudrenghien alliés aux du Bus ou ceux de Valenciennes.1 P.B. GHEUSI
LE BLASON - Théorie nouvelle de l'art héraldique Paris 1933, respectivement p.77 et 212a P.A. du CHASTEL
Armorial figuré de Tournai et du Tournaisis.2b P.A. du CHASTEL
ANotices généalogiques tournaisiennes, Tome I, page 5.3 Victor BOUTON Nouveau Traité du Blason, Paris 1863, p.126.
4 Jouffroy d'ESCHAVANNES - Traité de la science du blason (1885) p.71.
5 O. NEUBECKER
"Le grand livre de l'héraldique"
Elsevier 1976 - p.24.6 Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, tome 24 (1893), page 85.
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Le comte du Chastel considère que les (de/der) Baudrenghien ou d'Erebaudrenghien(sic) de la région de Pottes, Evregnies, Tournai sont issus de la seigneurie d'Erembodeghem, car leur nom s'écrivait dès le XIIème s. d'Ierebaudenghien. Cette seigneurie, devenue vicomté au XVIème s. était géographiquement proche de Pottes, située à l'extrémité Nord-Est du Tournaisis, sur les villages de Moen et Outrijve, actuellement en Flandre Occidentale. Nous savons que cette seigneurie a appartenu au XIVème siècle à la maison de Steenhuis, seigneurs de Zwevegem (Swevenghien). Passa ensuite aux XVème et XVIème siècles à la famille de Gavre, dite d'Escornaix, sgrs de Nokere, Bevere et Herboyghem, avant de passer aux maisons de la Vichte à la fin du XVIème et au XVIIème s., et celle de Croix au siècle suivant.
2 A. de LANNOY
"A propos des Baudrenghien"
Le Parchemin n°183
Mai - juin 1976 - p143.
Evregnies ; Evergnies au XIII°s, tient son nom de la langue teutonique. Le premier radical "ever" est flamand, le second wallon: preuve qu'on a dû dire "Everghem" primitivement. Etymologiquement, il signifie "terre de sangliers"1 . Situé à trois lieues (13 kms) de Tournay à la gauche de la chaussée vers Courtray, le village contient en 1812, deux cent septante et un bonniers, huit cents verges. Il tient du Nord à Dottignies et à Espierres, de l'orient à Saint Léger, du midi à Saint Léger et à Estaimpuis, de l'occident. L'on voit à Evregnies le moulin dit de chappelle (sic), les Ursulines de Tournay y possèdent des terres2. Un château fort désigné sous le nom de manoir du Chastel, fut le berceau et donna son nom à l’illustre famille des comtes du Chastel de la Howardrie*. Il sera vendu avec ses dépendances en 1372 à l'abbaye de saint Martin de Tournai3 qui y possédait déjà de très belle fermes. Monsieur l'abbé était le seigneur du village. Saint Martin y était décimateur pour deux tiers, c'est à dire que l'abbaye prélevait cette part sur la dîme (soit 2/3 du dixième des récoltes) et patronnait la cure en vertu de la donation qui lui fut faite en 1092, par Radbold II, évêque de Tournay et confirmée par le Pape Innocent II, en 1131. Le dernier tiers de cet impôt consistant en trois gerbes au cent, et environ 8 bonniers de terre presque attenants revenait précisément à ladite cure. L'église paroissiale y est sous l'invocation de Saint Waast, dont on célèbre la fête au jour de la translation le 15 juillet. L'ancienne Cure, dont les bâtiments existent toujours, est éloignée de 300 pas, c'est une vaste ferme en quadrilatère entourée de larges fossés, millésimée de 1640 sur une poutre en bois. Elle servit de presbytère jusqu'en 1728.
1 A.-G. CHOTIN
"Etudes Etymologiques sur les villes et villages de la Province de Hainaut"
(Casterman 1858).2 M. HOVERLANT
"Essai chronologique pour servir à l'Histoire de Tournay" (1812)
LVII - p.171 (résumé).3 Patrick GILLARD
Des histoires d'Evregnies (1981).* Lieu orthographié Haut- Warderie par Ferraris.
**La ferme de l'Abbaye est aujourd'hui un restaurant.
En 1693 la population -dont notre famille- fut ruinée par la guerre. Le village renaîtra entre 1720 et 1789; sa population double passant de 400 à 824 habitants en deux générations. Travailleurs méritants aux métiers saisonniers que seule la kermesse annuelle venait égayer le deuxième dimanche de septembre2. A la fin du XVIII°s, la production de sabots alterne les travaux des champs avant de connaître une expansion et occuper à temps plein jusqu'à 90 personnes du village et des alentours, puis de péricliter après la Seconde Guerre mondiale et voir le dernier sabotier disparaître en 1963.
Des Derbaudrenghien furent lieutenant à Evregnies; les Dillies, qui nous étaient apparentés, se succédant dans les fonctions cumulées de greffier, de notaire et de bailli. Généraliste du Droit, le notaire de nos campagnes se partageait entre les droits de la famille et les actes immobiliers de toutes natures. Comme aujourd'hui, il avait dans ses attributions la rédaction des contrats de mariages et des testaments ou l'inventorisation des biens après décès, ce qui nécessitait parfois deux visites quand la pose d'un scellé de cire s'imposait sur la porte d'une grange ou d'un grenier afin d'en préserver le contenu des tentations humaines. Il revenait plus tard accompagné d'un témoin et établissait une "grosse" (ébauche à l'écriture grossière) des "biens et effets" du défunt qui devaient être repris dans la "minute", l'acte officiel rédigé minutieusement d'une écriture fine et sous serment sur lesquels il était bien évidemment rétribué.Jusqu'en 1816, la £ivre fut utilisée comme mode de paiement, mais il est pratiquement impossible de donner une équivalence à cette très ancienne monnaie déclinée suivant les temps et les lieux; en Livre blanc, Livre parisis, Livre tournois ou Livre de Flandre. Disons qu'au XVIII°s, une livre valait 20 sous et que 1 sou (ou sol) valais 12 deniers. Entre 1700 et 1730 un ouvrier non qualifié pouvait gagner 13 à 15 sous par jour, sans être nourri. S'acheter un lit ou une armoire lui coûtait deux à trois mois de travail.
2 M. HOVERLANT
"Essai chronologique pour servir à l'Histoire de Tournay" (1812)
LVII - p.171 (résumé).
La seigneurie de Pottes sur l'Escaut était située à mi-chemin entre Tournai et Audenarde. Elle était tenue de la Salle de Lille et relevait du souverain. Elle avait bailli, lieutenant et un banc de 7 échevins aux droits étendus de haute, moyenne et basse justice. Cette terre consistait en un château féodal avec 42 bonniers, un moulin à vent et nombre de rentes seigneuriales, plus de 200 bonniers dont la juridiction était commune et indivise avec le seigneur de Germignies, dont la famille possédait le château-ferme depuis le XIIème s. avant de passer aux maisons de Stavele, puis de Marnix et vendue ensuite à Pierre de la Croix de Beauffort. Les rentes seigneuriales consistaient en 44 razières, 1 hotteau d’avoine, 66 chapons, 2 poules et 104 sols, quatre deniers, monnaie de Flandre. La région était clairsemée de "censes" ou "cinses" en patois picard, ces grosses fermes en carré, isolées au milieu de leur terre et entourées d'eau pour les plus anciennes.
Avec la cense de Pont, le Marquais, situé au hameau du Quesnoy, était l'une des plus importantes et des plus anciennes du village. Déjà citée en 1388 par Jean, Sire de Pottes et en 1396 par Louis, seigneur du lieu, cette seigneurie entra dans notre famille dans la première moitié de du XVème s. par le mariage de Théry de Baudrenghien, avec Jehenne du Marquais (16050).
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La ferme du Marquais à PottesPhoto de:
Gustave SAMAIN
En 1676, le fief est encore cité dans le registre censier de Jean de Marnix. Fin du XVII°s, il fut racheté par Laurent Delfosse, trésorier général du Tournaisis, c'est ainsi qu'en 1734 un certain Charles-Dominique Delfosse, chanoine de la cathédrale de Tournai se dit seigneur du Marquais, la ferme étant probablement exploitée par la famille Vanlerberghe. Il appartint ensuite et depuis un temps lointain à la famille d'Hespel du Ponthoix qui l'a vendu vers 1934 à Mr. Henri Peeters sucrier à Warcoing et occupée par la famille Samain depuis 1883 jusqu'à nos jours.
Merci à:
B. VANDYSTADT
De la branche de Pottes est certainement issu le rameau des de Baudrenghien dits de Boullogne de Tournai. En effet, « La Cazerie », propriété terrienne des Fo(u)rmanoir* alliés aux de Baudrenghien, était située à Celles, au lieu-dit de « Boulogne » à un kilomètre au sud-est de Pottes.
*Pour cette famille, consulter l'ANB 1879, mais nous relevons par ailleurs quatre ou cinq généalogies contradictoires.
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4.1.2. Brisure du blason ancestral
Au patronyme "der Baudringhien" (sic), Bozière* relève un blason qu'il décrit "d'argent à la croix de gueules, chargée en cœur d'une rose d'or et acc. de quatre étoiles de sable, l'écu orlé et engrêlé"
Gilles de/Derbaudrenghien (deg.IV, ref.14050) natif de Pottes vers 1478, issu en puîné du mariage de Théry dit de Pont et de N. le Marissal serait le premier à l'avoir porté; Jean, son frère aîné d'environ 4 ans, héritant les armes ancestrales et la seigneurie paternelle.* Fr-J. BOZIERE : Armorial de Tournai et du Tournaisis
1859, page 41
"der Baudringhien" (sic)
Typographie de Malo & Levasseur à Tournai.
On le sait, la brisure avait l'utilité première de différencier les branches cadettes ou bâtardes d'une même famille. Elle consistait en l'addition, la diminution ou la suppression de quelques pièces honorables et/ou changement d'émaux, mais dans certains cas, elle pouvait prendre aussi la forme de sanction et après jugement publique, un noble qui aurait failli au code tacite de conduite, pouvait voir ses armes dégradées par les officiers d'armes qui procédaient à des modifications circonstancielles et en tenaient registres figurés1.
1 Michel BARNIER : Initiation à l'Héraldique XXV - (résumé)
Reconnaissons que le vocable "brisure" prend ici un sens particulier pour un blason qui ne gagne pas en esthétique: L'or est réduit en argent, les étoiles de sable perdent une pointe, le contour de l'écu est "hachuré" de rouge. La rose émaillée d'or au centre de la croix, pourrait selon certains matérialiser un désaccord ou un drame familial grave; trahison, mésalliance ou séparation de branches (?). Mais en l'occurrence aucun élément connu actuellement ne nous autorise à cautionner cette théorie. La rose héraldique est aussi un des meubles floraux les plus représentés, on l'associe plus unanimement à la dévotion de l'immaculée conception.
Quoi qu'il en soit, ce nouveau blason des Baudrenghien fut transmis sans autre modification aux nombreux descendants de Gilles et de Marie de Bèvre installés à Evregnies et dans la proche région. Car au début du XIX°s, il fut repris en senestre sur les armoiries du vicomte Léonard-Pierre du Bus* de Gisignies, descendant tournaisien d'une ancienne famille noble originaire de l'Artois (XV°s) qui portait initialement "d'or à à une palme de sinople".
* Pour les du BUS, voir ANB 1913, tome I,
à savoir:
p.210 pour les Gisignies
p.242 pour les Warnaffe.
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En chef, d'or à la palme de sinople, qui est du Bus ancien.
En pointe écartelé :
En 1. D'azur à l'écu d'argent en abîme, accompagné d'un orle de fleurs de lis du même,.du Bus de Warnaffe
En 2. D'argent à la croix de gueules. Chargée en cœur d'une rose d'or et cantonnée de quatre molettes de sable, à la bordure engrêlée de gueules qui est de(r) Baudrenghien.
En 3. D'or à trois merlettes de sable qui est Vuylsteke de Gisignies.
En 4. D'azur à l'épée d'argent garnie d'or posée en fasce, pointe à dextre, et accompagnée de trois merlettes d'argent, qui est Deurwaerder.
Oeuvre collective:
"Etat présent de la noblesse du royaume
de Belgique"
(1960) - p.334
Explication des Quartiers féminins: En 1749 à la première génération représentée; Marie (der) Baudrenghien (2) épouse François du Bus, censier de Vallemprez ~ Marie-Thérèse Vuylsteke (3) apporte le fief de Gisegnies sur Escaut en dot à son mariage avec leur fils Pierre-Ignace; - A la troisième génération, Marie-Anne-Catherine de Deurwaerder(4) fut la première épouse du vicomte Léonard-Pierre du Bus de Gisignies, Gouverneur-général des Indes néerlandaises. Les porteurs du titre de vicomte le sont en vertu de lettres royales.2
1 BOZIERES - Armorial de Tournai et du Tournaisis - p.187.
2 Paul André ROGER- Biographie générale des Belges morts ou vivants, (Bruxelles 1849) p.44
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La première union de nos deux familles se fit probablement au début de l'an 1658, entre Marguerite Derbaudrenghien (N.ref.9030) et Laurent du Bus, surnommé le "Père aux Patards". Du moins, le suppose-t-on car le premier de leurs onze enfants, naîtra en novembre de cette année là, seul indice dont nous disposons.
Le Patard était une petite monnaie déjà frappée sous Philippe le Bon, et largement répandue ensuite dans les anciens Pays-Bas. On prétend que c'est la fortune personnelle de Laurent du Bus, qui lui valut ce sobriquet, mais à 20 patards le florin, il semble plus probable qu'il s'agisse d'une boutade militaire collant à la peau de cet ancien capitaine-trésorier, chargé de payer en campagne une trop maigre solde* à ses compagnons d'armes.*
1 patard par jour et par soldat.
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Lors de la retraite des armées espagnoles des Flandres, Laurent du Bus fut retenu en otage. Au cours de sa captivité en Espagne, il fit faire sont portrait pour l’envoyer à son épouse.
Il est représenté sur un fond sombre, revêtu d’une brigantine ceinturée à la taille par une corde de cuir. Le large décolleté laisse apparaître une voilette et un foulard du même type. Un bustier de cuir par dessus porte des têtes de lion en spallières (le cuir épais était bouilli et moulé sur des formes), les manches sont fendues, sa main gauche, gantée repose sur le pommeau de son épée, Un manteau rouge jeté sur ses épaules est fermé par une boucle.
Mme Chantal
Fonteyn-Couplet :
Généalogie Du Bus et Généalogie Landrieu, du même auteur, pp 106-107.En 1881, une copie du tableau fut réalisée par Moreau de Valenciennes, d’après l’original qui se trouvait alors à la ferme du Faux-Vivier à Marchiennes, dans le Douaisis [F-62].
Laurent du Bus
Laurent du Bus est erronément présenté par le comte du Chastel dans ses « Notices Généalogiques Tournaisiennes » comme le censier de la ferme du Temple à St Léger, le confondant avec son fils, homonyme, qui occupa cette fonction par son union en 1684 avec Marie Jeanne La Derriere (La Driere ou Ladrière**), après son beau-père.
Marguerite Derbaudrenghien, n'a donc jamais habité la ferme du Temple, limitant sa présence en ce lieu à des visites familiales rendues à son fils et sa belle-fille, au cours des cinq années qui lui restèrent à vivre après leur mariage. Laurent et Marie-Jeanne eurent une nombreuse descendance mais Marguerite ne connut que deux de ses petits enfants; Laurent né en 1685 et Marie née en 1687. Comme souvent dans les familles, une naissance accompagne un décès: Marguerite mourut en juin 1689 à l'âge de 54 ans, une quinzaine de jours avant le baptême d'un petit Antoine. A moins que ce ne soit la date du baptême qui aurait été reportée pour cause de deuil ?
**
Dans « Saint Léger à l’ombre des templiers », Pierre Bachy renseigne "Ladrière" et une seule fois "Laderrière"
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C'est presque un siècle plus tard que fut célébré le second mariage, quand en 1749, François Jh. du Bus, censier de Vallemprez et bailli du temporel de la puissante abbaye de Saint-Martin établie à Tournai, épousa Marie Derbaudrenghien, qui lui donna dix enfants dont malheureusement, quatre ne survécurent pas.
Leur petit-fils, Léonard Pierre du Bus, Commissaire Général des Indes Orientales au XIXèmes est l'une des figures notables de cette grande famille, qui s'est investie au cours des siècles dans l'histoire et la vie politique de notre pays. Il est né à Dottignies le 28 février 1780 à 11h30 du matin. Orphelin de mère à 2 ans et de père à 5 ans (voir 1825), il fut élevé au château de son grand-père maternel à Dottignies. Il n'a connu aucune de ses grands-mères et son autre grand-père était déjà en fin de vie. A la mort de son tuteur, l'enfant n'avait que huit ans et fut alors confié à son oncle, François Joseph du Bus*, un avocat réputé de Tournai qui habitait à la rue du Palais Saint Jacques, un des quartiers les plus chics de la ville. Le jeune homme, intelligent, bien entouré et au caractère bien trempé, devint d'abord membre du bureau de bienfaisance de Tournai, ensuite premier adjoint du maire de la ville pendant l'Empire, Intendant de l'arrondissement de Courtrai, membre puis président de la 2ème Chambre des Etats-généraux des Pays-Bas en 1815. Il fut anobli par Guillaume Ier, le 20 février 1816, titré vicomte par arrêté royal du 22 mai 1819 et obtint le 14 juin 1822, concession et augmentation d'armoiries (coupé : en chef, d'or à la palme de sinople ; en pointe, écartelé au 1). Membre de l'Ordre équestre de la Flandre Occidentale dès 1817, Gouverneur de la province d'Anvers en 1820 avant celle du Brabant méridional. C'est à cette époque, vers 1824 qu'il fit sceller en l'église St-Léger de Dottignies, une stèle de marbre à la mémoire de ses parents décédés trop jeunes et de leurs ascendants sur cinq générations. Les dames Der Baudrenghien (sic) y sont représentées pour les deux unions dont nous avons parlé auparavant.
* C'est ce François-Jh du Bus (1757-1835) qui fit bâtir le mausolée au Cimetière du Sud à Tournai afin d'y reposer avec les siens. Le monument existe toujours et a subi une nécessaire réfection en 2008.
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Enfin, le vicomte du Bus de Gisignies fut nommé Gouverneur général des Indes Néerlandaises par arrêté royal en date du 10 août 1825. Il arriva sur l'île de Djawa (Java) le 3 février 1826, remplaçant l'honorable gouverneur-baron van der Capellen, démissionnaire, à un moment où l'île était emprise à de violentes rivalités autochtones2. Le comte du Bus était un homme loyal qui avait à coeur le bien public, mais auquel manquèrent souvent les moyens d'atteindre ce noble but. De plus, il se vit entouré de collaborateurs
1 Pfyffer de Neüeck dresse un tableau peu flatteur de cette gouvernance dans "Esquisses de Java et de ses divers habitants" (Ouvrage traduit de l'allemand avant sa publication à Bruxelles en. 1837) p.143 à 145.
flatteurs, hypocrites et ambitieux pour eux-même1. Il faut dire que dès son intronisation il dut se rendre impopulaire, annonçant que Guillaume Ier avait pris des mesures pour rétablir les finances des Indes en commençant par réduire les rémunérations des fonctionnaires publiques2. Malgré son ignorance de la langue du pays et de ses moeurs, il s'employa à poursuivre les amendements sociaux entrepris par son prédécesseur1. Son administration autoritaire mais éclairée apporta de nombreuses améliorations dans la situation des colonies hollandaises. Nommé Ministre d'Etat en 1828, il quittera ses fonctions le 16 janvier 1830, laissant à Java d'honorables regrets, mais ayant eu à lutter contre des préventions malveillantes. Pour conserver un souvenir de sa bonne administrations, un cénotaphe armorié fut élevé à sa mémoire3 dans l'église catholique de Batavia, puis réédifié dans la cathédrale qui la remplaça en 1900. (Batavia devint Jakarta en décembre 1949, à l'indépendance de l'Indonésie).
Veuf de sa première épouse Marie-Anne-Catherine de Deurwaerder décédée le 23 juillet 1836, il épousa Marie-Antoinette-Caroline van der Gracht. Léonard-Pierre du Bus de Gisignies mourut en son château de Oostmalle-lez-Turnhout à l'âge de 69 ans, étant Grand'Croix de l'Ordre du Lion néerlandais (appelé aussi Ordre du Lion Belgique).2 Annuaire historique Universel ou complément, etc. Année 1826, (Ed 1828), pp 86-87
3 Biographie générale des Belges morts ou vivants, (Bruxelles 1849) p.44
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4.2. Les (de) Baudrenghien portant les hamaides de gueules
Armes; origine, signification.
Les Baudrenghien de la région de Lessines-Flobecq alliés jadis aux La Hamaide, portaient les armes de cette famille, brisées d'un nombre variable de besants d'argent. Richelet nomme hamaïde une fasce à à trois pièces alésées qui ne touchent point les bords de l'écu.
Appelé "Besant" par les Occidentaux, le "Solidus", était une ancienne monnaie byzantine répandue en Orient dès le IXè s. et qui servit au temps des croisades, à payer nombre de rançons de prises de guerre. Ces pièces d'or ou d'argent placées sur les armoiries d'un chevalier, indiquaient par conséquent qu'il avait été en Terre sainte.1
1 Léon ROY
Dictionnaire de Généalogie, p.88
Comme nous l'avons vu précédemment, et contrairement à ce qu'écrit Aimé Fr. Bozière 1, des Baudrenghien étaient issus du lieu-dit de «Boudergem» ou «Boudenghien» (Boudrenghien en 1833), situé sur la châtellenie de Flobecq (Vloesberg). Demeure ou manoir de Baudouin ou de Baudri, propriété rurale de ces seigneurs désignant, un hameau, un champ, une cense (ferme ou métairie) comprenant en 1411 au moins quatre-vingts bonniers.
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1 Armorial de Tournai et du Tournaisis (1859) p.164.
FERRARIS - 1770
Ils étaient en outre, seigneurs de Gommenpont à Ostiches, fief relevant de l'abbaye de Saint Denis en Brocqueroie; de Renartcamp (Renartchamp) à Flobecq et de Belle à Marcq, à la sortie d'Enghien en direction de Silly.
Le 20 janvier 1419, Anne de Trazegnies, épouse de Arnould de Hamal, fille de Anselme et de Mahaut de Lalaing, héritière de la maison de Trazegnies au décès de son frère aîné, fit le relief de ses possessions devant la cour féodale de Brabant1 . Le 30 avril de la même année, Jan de Baudrenghien, lui prêta hommage lige* pour la terre d'Ansermont.
1 Ernest MATTHIEU :
La Pairie de Silly, ses fiefs et arrière-fiefs..* Du latin "ligatus" Hommage principal impliquant une fidélité absolue
La cérémonie était publique, associant ainsi autant de témoins. Le vassal à genoux et tête nue, les mains jointes entre celles de son seigneur lui jurait fidélité sur les saints Evangiles. Les engagements pris de part et d'autre étaient ensuite actés dans un document écrit nommé "l'aveu".
Il n’était pas rare qu’un vassal prêta hommage à plusieurs seigneurs et reçoive ainsi autant de fiefs, mais l’hommage lige, d'usage dès le XI°s, était prédominant et si un conflit survenait entre deux de ses seigneurs, le vassal se devait d'honorer l'hommage principal.
Dans un dénombrement de 1589, on lit 1:
"Damoiselle Marie de Baudrenghien, vesve de feu Pière Le Latteur, dit Nève, tient dudit Silly ung fief liège se comprendant en une maison, motte, fossez à eauwe, grange, estables, court, jardin, bois et terres labourables, nommé la maison d' Ansermont, contenant douze bonniers ou environ, gisant en la paroiche d'Ogy, sur la chastellenie de Flobecq, tenant aux héritaiges du sgr de Gomanpont, au champ Simon et au champ du Lardoir." Il est une anecdote, quant au décès de ce Latteur, qui était également l'avoué de son épouse on ne trouva point son cheval: "Et y a heu difficulté sy par le trespas dudit Pierre, son cheval estoit dévolu pour droict de liège à mondit seigneur, et fut retrouvé que non, d'autant que le fief vient de par la femme..." L'histoire ne dit pas si l'animal fut retrouvé...1 Ernest MATTHIEU :
"La Pairie de Silly, etc."
pages 73 & 74
Gommenpont en Ostiches, relevait de l'abbaye de Saint Denis en Brocqueroie, sise à Maisières, près de Mons. On cite déjà ce fief en 1306, quand Jehan de Tongres, seigneur du lieu, signe en faveur de l’abbaye de Cambron, jadis haut lieu de spiritualité, une charte de donation d’un journel et demi de pré et prairie gisant au lieu dit «a Masures» en sa justice de «Gamaupont» et octroie aussi à l’abbaye, la possibilité d’acquérir encore un autre journel et demi pour les tenir de lui ou ses successeurs moyennant le respect du cens qui est dû et sa justice seigneuriale.
«Chou fu fait en lan de grasce mil CCC et sis ou moys de may».Jean-Jacques DESMET:
Cartulaire de l’abbaye de Cambron t.II, Bruxelles, C.R.H., in 4°, 1869, n° XXIV, pages 721 & 722
L'acquisition de ce fief par les Baudrenghien remonte avant 1367. Le cartulaire des mortemains de Hainaut renouvelé en 1460 décrit les droits du comte et aussi ceux du seigneur, les « hoirs de Baudrenghien » : «En celli ville cest assavoir ens ou fief tenu de mondit seigneur le comte qui fu Jehan de Tongre et qui présentement appartient a …… (un blanc) a mond seigneur le comte les dousaines de tous ceulx e celles qui y demeurent et meilleurs catelz de ceulx qui vint de vie a trepas. Sauf que francque orine delivre ainsi fait Saint Ghislain Saint Vinchien de Sougnies Saint Estienne de Braine Laloet (l'Alleud ?) et St Pierre de Renaix de ceulx qui sont a leur sainteur pour bonne orine Item en cellj ville cest assavoir sour le dit fief Sainte Waudru alez deux tiers de ceux qui sont a son sainteur et mons l’autre tierch Item ceulx de Lobes on aussi le moittie de leur sainteur et mons lautre moirie Item a aussi audit fief pluseurs masures q donnet meilleurs cattelz aux hoirs de Baudrenghien pour le second cattel car mons y a devant et prent tout premier le sien. Et se a mons en celly ville par son espial un orine qui li appertient si comme lorine des Logement lesqlz et chun deulx doivent chun an a monsr lomme XII d et la femme Vid et li meilleur cattel a la mort ou que ils voisent demourer et silz demeurt es generals de mondit seigneur ilz payent a mons chcun an 2 dousaines et a la mort deux meilleurs cattelz.
Le Cartulaire de l’abbaye de Cambron existe aux Archives de l'Archevêché de Malines.
Arch. Dép. du Nord
B 12.120, f° 200 v°
Deux dénombrements de Gaumanpont sont conservés. Le premier de 1502 : "Declaration des fiefs tenus de l’église z abbeye de Saint Denis en Brocqueroye rapporter par les possesseurs diceux a Nicolas Fernay bailly dicelle egle apres la publication faite en le ville de Mons au mois de novembre lan mil chincq cenz z deux ainsi quil sensuit..."
idem (f°204) (f°210)
Jacques de Baudrenghien escuyer sgr de Goumanpont tient sa terre dud Gommanpont de lad egle z abbaye St Denis en fief ample qui se comprend en une maison grange z marescauchies prez terres conten VJ bonnirs ou environs item en XVJ ou XVIJ masures qui doivent aud fief mortemains et nulles cattelz sur tous ceux et celles allant au lieu de vie a tresppas item en tout le terroir dud Gomanpont terrages de XIJ garbes du cent et pour chun journel une garbe de fon en cens de rente dave et de chappons avec la justice haute moyenne z basse mayeur z esch et vaut par an ……….(en blanc).
Il y a un arriere fief tenu dud Goumanpont non rapporte avec ce denombrement chi dev : Jehan de Ghillenghien demand a Ath tient ung fief ample de le d egl gisant en le pche d’Ostiche au lieu condist a Gonmanpont se comprendant en XX stiers dave XX chapps et en XXXII S IX D fors demj chun an sur plusieur heritage aud Goumanpont proche Ostiche vaut par an……(en blanc)ADN, B 11.947, Dénombrement de fiefs biens appartenants et dépendants de plusieurs abbaye et des particuliers en Hainaut et Cambresis en 1502 (f° 204 )(210)
Le second, un peu plus d’un siècle plus tard en 1633, c’est un autre Jacques de Baudrenghien qui relève ce fief : "Declaration des fiefs gnallem tenuz et mouvans de l'église et abbaye de St Denis en Brocqueroye mis es mains du sr Luois Scollart bailly dont icelluj at couche endesoubz chun fiefs les derniers heritiers et reliefz quy en ont estez faitz Jacques de Baudrenghien escuyer sr de Goumanpont tient de la ditte eglise de Saint Denis un fief ample lequel se comprend en toute sa terre dudit Goumanpont où il y at maison grange et estables marescauchiez jardins pretz terres rentes d'argents d'avoines et de chappons droictz et mortesmains sur tous le general du terroir dudit Goumanpont droict de terraige de douze garbes du cent et pour chun journel un garbe de fons et sur ledit fief toutte justice haulte moienne et basse et avecq en ce aulcuns homaiges quy tenus en sont le ferme de la ditte seigneurie se met en l'eglise dOsticque se vaut par an" (en blanc)
Gomanpont f°23
Existent toujours à Ostiches, le hameau de Goumantpont (sic) et à Flobecq celui de Boudenghien (sic). Font très probablement partie de cette branche des seigneurs d'Ansermont et de Gomanpont, les porteurs du patronyme qu'on rencontre à St-Sauveur.
Orthographes rencontrées :
Ghomanpont, Gomanpont,
Gommenpont, Goumanpont,
Goumontpont, Ghemanpon,
Ghomanpont, Ghommespont.
La châtellenie de Flobecq était l'une des plus importantes du domaine des sires de Pamele-Audenarde. Délimitée par les ruisseaux d'Ancre prenant sa source à La Hamaide; du Ronsart et les rieux du Tordoir, elle couvrait les villages avoisinants d’Ogy, Ghoy, Ellezelles et Wodecq.
Le bourg, qui bénéficiait d'un moulin à aubes, développa sa vocation agricole sous la protection du château féodal. Les abbayes de Liessies, de Magdendael et d'Ename y possédaient fermes et biens, St-Martin de Tournai y avait la dîme principale et l'autel. L'existence d'une halle dès le XIII° siècle témoigne de l'essor économique que lui apporta la culture et surtout la confection du lin. Ce commerce fut conforté au siècle suivant, quand les grandes villes du Nord, comme Tournai, Bruges ou Gand se consacrèrent davantage aux productions textiles de qualité et le tissage de riches tapisseries, abandonnant à des bourgades rurales plus proches de la production, le tissage des draps et des linges usuels.Matrice cadastrale du MET, sur le site @: "Patrimoine majeur de Wallonie"
Les Comtés de Hainaut et de Flandre et les Terres de Débats.
Si vous le voulez bien, ouvrons une parenthèse pour expliquer succinctement comment émergèrent les rivalités entre les Comtés de Hainaut et de Flandre pour les terres limitrophes, dites de Débats.
On a prétendu que le Hainaut était une terre allodiale ne relevant que de Dieu et du Soleil, mais l'histoire ne consacre pas cette altière devise. Au IXe s, il devint un comté, et au XIe fut uni à la Flandre par mariage, provoquant des rivalités auxquelles Saint Louis dut mettre un terme par arbitrage. A la fin du XII°s il formait l'un des Etats secondaires les plus puissants de l'Europe.
Nombre de documents, conservés aux Archives de la cure d’Ellezelles témoignent des complications qui surgirent, après 1280, consécutivement au décès de Marguerite de Constantinople*, et notamment sur l'indivision relative à la suzeraineté des seigneuries de Lessines et de Flobecq, déjà "Terres de débats". En effet, à la suite de leur mère, et selon la volonté de Louis IX, les comtes Jean d’Avesnes et Guy de Dampierre se partagèrent respectivement le Hainaut et la Flandre, mais le manque de précision délimitant les deux comtés, fut prétexte à revendiquer par les demi-frères, ces terres limitrophes, en ce inclus les villages environnants de Bois-de-Lessines, Ellezelles, Ogy, Papignies, Wodecq et leurs dépendances. En 1281, les hommes de fief de Flobecq et Lessines ainsi que le Seigneur d’Audenarde, qui avait ces terres en domaine, déclarèrent solennellement relever du comté de Hainaut, avant de se raviser en 1283² .
*Comtesse de Flandre et de Hainaut depuis 1244.
² Baron de REIFFENBERG,
Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut ...,
Vol.1 (1844), page 90.
En 1300, le Hainaut s'enrichit des comtés de Frise; de Hollande et de Zélande. Le comte de Flandre s’empara bientôt des terres limitrophes de Flobecq et de Lessines, mais un traité confirmé par un diplôme de Louis de Bavière, le 3 mars 1324, rendit au Hainaut les terres susdites, à charge d’en rendre hommage à la Flandre.
Au XV° siècle, des difficultés resurgirent à propos du même contentieux. En 1433, Jacqueline de Bavière céda ses Etats à Philippe le Bon, associant la destinée du Hainaut à celle de Bourgogne étendue en 1482 à celle des Habsbourg.
En 1515, le jeune empereur Charles Quint, plaça "en oubli" les "Terres de Débats" sous l'autorité de son Grand Conseil de Malines.
Ce n'est qu'en 1737, qu'on convint, enfin, de protéger la juridiction.
Depuis 1963, Flobecq (Vloesberg) est une commune francophone où les flamands, minoritaires, bénéficient de facilités linguistiques.
Le village de La Hamaide
La position stratégique de La "Hameide", dont le nom même, dérivé du francique "hamitha" désigne une barrière; nécessita très tôt une fortification, suivie d'un château fort jouant le rôle de place forte dans la lutte territoriale que nous venons d'exposer.
On voit un chevalier, Antoine, sire de la Hamaide, prendre part à la première croisade, et entrer dans Jérusalem le 15 juillet 1099 à la suite de Godefroi de Bouillon1. En 1158 Gérard de La Hamaide figure dans l'entourage du comte de Hainaut Baudouin IV pour lequel il assure en 1184 un service de garde au château de Mons en qualité de Pair.
Il est encore mentionné en 1160 avec ses fils Arnould et Julien dans les Annales de l'Abbaye de Saint-Ghislain. En 1201 Odon Ier est cité parmi les nobles du Hainaut, il meurt à la quatrième croisade et dès 1235 ses successeurs portent officiellement le titre de seigneur du lieu.1 A.-G. CHOTIN
Etudes Etymologiques
& Archéologiques du Hainaut, page 113.
L’avènement du régime féodal fit de Lahamaide un fief lige relevant de Silly, l'une des 12 pairies que comptait la châtellenie de Mons attachée à la maison d'Avesnes. Le document ci-dessous permet de mieux comprendre la hiérarchie vassalique très structurée de cette époque; On y voit le comte de Hainaut, chapeautant ses pairs. La maison de Trazegnies, dont dépendait Silly (la commune en a conservé les armes), est représentée en septième position. Viennent ensuite les vingt-deux bannerets hainuyers; riches et puissants chevaliers capables de rassembler sous leur bannière une compagnie en armes et parmi lesquels on reconnaît en première place du second rang, un Hamaide (post.1453). Enfin, six officiers héréditaires forment la base de cette pyramide féodale.
*Bibliothèque Royale Albert Ier - (Albertine) Manuscrit n°5748-50
Les Baudrenghien, Baillis de La Hamaide au XVIè siècle
C'est dans la lignée des « Missi Dominici » de Charlemagne que le comte de Flandre, Philippe d'Alsace créa au XIIè siècle, la fonction de « bailli ».
Comme dans toutes les communes disposant d'un échevinat libre, c'est-à-dire indépendant du clergé, le bailli de La Hamaide, était directement nommé par le seigneur du village, qui le recrutait au sein de la petite noblesse instruite de son entourage. Cet officier d'armes aux pouvoirs étendus dirigeait en son nom l'exploitation de la baronnie et veillait à la bonne exécution de ses ordres sur ses terres. Il détenait le pouvoir judiciaire et le droit de ban, lui permettant de commander, contraindre ou déléguer des prérogatives comme l'aurait fait son seigneur. Pour l'aider dans sa tâche, le châtelain plaçait sous son autorité une cour féodale composée d'hommes de fiefs, de sergents et d'un greffier.
La proximité de terrain du bailli et de ses hommes, sur une seigneurie très étendue, permettait au châtelain de gérer plus efficacement son bien, d'être informé de ce qui se passait sur ses terres et d'y faire régner l'ordre. En somme, d'asseoir son autorité.
Outre les tâches administratives, le bailli assistait aux actes officiels, qu'il signait en qualité de témoin. Il nommait aux différents emplois de la baronnie et recevait entre ses mains les prestations de serment des intervenants. Quand un cens (impôt) sur l'exploitation des fiefs relevant de La Hamaide, d'application dès 1479, c'est encore au bailli que revint la tâche de le percevoir en plus de la dîme (dixième des récoltes) et des redevances diverses, qui rapportaient déjà plus de 2200 livres tournois. Il pouvait recourir, si besoin en était à la répression et même à la force. Il avait encore le droit d'accusation, de prise de corps, d'emprisonnement et de prélèvement d'amendes sur lesquelles il était rémunéré.
A la fois juge et partie, l'ascendant que le bailli pouvait avoir sur les villageois ne devait pas le rendre très populaire aux yeux de la population, mais gageons que pour sa propre crédibilité, il devait faire montre d'une grande probité, sans laquelle une même famille ne se serait probablement pas transmis cette tâche durant trois générations ?.
La Hamaide passa en 1485 à la maison des Luxembourg-Fiennes par le décès du 15ème et dernier seigneur porteur du nom. Ce n'est que quelques mois avant sa mort que Michel de La Hamaide, chevalier, seigneur de Rumigny en Hainaut et de Vicq sur l'Escaut, succéda à son frère Arnould, mort sans descendance d'avec son épouse Jehanne de Lille. Ils étaient les fils de Arnould V et d'Isabelle de Bousies et eurent pour hoir féodal, leur cousine germaine, Marie de Berlaymont.
Fille héritière de Gérard, sgr de Ville, Hautrage et Pommeroeul, et de Marie, dame de La Hamaide et de Vasière, elle était l'épouse de Jacques (Ier) de Luxembourg, titré Pair de Cambraisis du chef de sa femme, fils aîné de Thibaut de Luxembourg, sgr de Fiennes (en Artois) et Arquinghien-sur-Lys, et de Philippotte de Melun, dame de Sottenghien, et par ailleurs de la succession des titres de ses parents, chevalier de la Toison d'Or nommé Gouverneur de Douai pour le Duc de Bourgogne.
Cette même année 1485, pour la douairière dame de La Hamaide, l'écuyer et seigneur de Gomanpont Jacques de Baudrenghien, épousa demoiselle Antoinette de Luxembourg, fille adultérine reconnue par la Sr. de Luxembourg-Fiennes conçue avec une dame de la haute lignée des Reyghersvliet.
C'est ce Jacques, fils de Arnould de Baudrenghien, et de Flandrine de La Hamaide, qui aurait abandonné ses armes héraldiques pour celles aux hamaides de sa mère en les brisants de besants.
Quelques années plus tard, vers 1502, Marie de Berlaymont nomma Jacques comme bailli de ses terres. Il était alors âgé d'une quarantaine d'années et déjà en charge depuis 1495 baillages de Fobecq et Lessines dont il sera un temps aussi le mayeur, ce qui lui permis de présider la cour féodale. Jacques occupa ces fonction jusqu'à la Saint-Jean 1523, avant de s'éteindre le 17 mai suivant, dans sa 63ème année. Les documents officiels, dénombrements, œuvres de loi, comptabilité, procès, etc. mentionnaient généralement le nom de l'officier seigneurial en charge de les rédiger. A ce sujet, une importante comptabilité de la baronnie de Lahamaide à partir de 1479 et jusqu'en 1795 est conservée aux Archives de l'État à Mons, et aux Archives Départementales du Nord à Lille. Jacques de Baudrenghien fut inhumé en l'église de Lessines.
En 1530, au décès de Jacques de Luxembourg, troisième du nom, la seigneurie revint à sa sœur, Françoise (1495-1557), veuve du comte Jean d'Egmont (1490-1528) et mère de trois enfants prénommés Charles, Lamoral et Marguerite. A cette époque, Ernould de Baudrenghien, cumulait lui aussi un mayorat à Grammont. Au terme d'une vie bien remplie, il fut inhumé en l'église de La Hamaide, sous un tableau le représentant en armes : « Chy devant gist sires Ernould de Baudrenghien, escuyer, fils de Jacques, en son temps Mayeur héritable de Grammont, Bailly de la Hamaÿde et appartenances, lequel trépassa le 4 septembre 1546 ».
Lamoral d'Egmont naquit au château de La Hamaide le 18 novembre 1522. Au décès prématuré de son frère aîné (1538), il porta seul le titre perpétuel de comte, accordé à son gd-père en 1486 par Maximilien II. Neveu du roi d'Espagne par sa mère, il portera les titres prestigieux de Prince de Gavre et de Steenhuysen; Baron de Fiennes, Gaesbeke et Hamaide; Seigneur de Purmerent, Hoogwoude, Aertswoude, Beyerland, Sottenghien, Dondes, Auxy et Baer. Capitaine général des Pays-Bas sous Charles Quint; Chevalier de la Toison d'Or; Chambellan de Sa Majesté Impériale et Conseiller d'État de Flandre et d'Artois sous Philippe II.
Maître Jean de Baudrenghien (promotion de Droit à l'université Louvain vers 1528*) se vit confier par Lamoral d'Egmont la gestion de ses terres en Hainaut. A ce titre, il résida au château du Blockhaus, propriété comtale, comme d'ailleurs tout le village de Wannebecq. A l'époque, l'édifice opposait douves et pont-levis à l'assaillant et l'on raconte, sans jamais l'avoir trouvé ou vraiment cherché, qu'un souterrain assez haut et large pour permettre le passage d'un homme poussant une charrette à bras, reliait le château de Wannebecq à celui de La Hamaide.
Jean perdit fonction et logement en 1568*, au désaveu de son maître et la préhension de ses biens, avant d'être inquiété à son tour par l'Inquisiteur : Jugé à Mons, il eut malgré tout plus de chance que le pauvre comte d'Egmont en sortant vivant de cette terrifiante aventure. Les possessions comtales demeurèrent sous séquestre jusqu'à la réhabilitation de Philippe, fils aîné de Lamoral. En 1597, à la mort de ce dernier, c'est un certain Jean Zuallart, chevalier du Saint-Sépulcre qui était bailli de La Hamaide et de la pairie de Silly tenue en fief.
*La KUL Leuven était, francophone à sa fondation en 1425.
*Compte rendu détaillé plus bas sur cette page, voir à cette date.
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Le comte Lamoral d'Egmont portait également en estime son cousin au 5° degré, Jacques de Baudrenghien, fait chevalier des mains de Charles-Quint, à qui il confia le port de son étendard menant ses hommes au combat, jusqu'à la campagne de Metz, qui lui fut fatale, l'hiver 1552-1553.
En effet, Françoise de Luxembourg, la mère de Lamoral d'Egmont et Jacques de Baudrenghien avaient un grand-père commun en la personne de Jacques Ier de Luxembourg.
Françoise était la fille de Jacques II, fils de Marie de Berlaymont, l'épouse légitime. Jacques de Baudrenghien vint par Antoinette de Luxembourg, fille illégitime, mais néanmoins reconnue, du seigneur de La Hamaide qu'il avait conçue avec une dame de Reyghersvliet.
Remarquons aussi la transmission du prénom de Jacques, au fils légitime, et au petit-fils illégitime.
En 1635 le seigneur de Ghomanpont, encore un autre Jacques de Baudrenghien, se marie et quitte la région. Il épouse à Ath, Jeanne de Glymes1 liée à la riche et puissante famille connue du Brabant, et dont les parents sont les libres seigneurs de la terre franche* de Cour-sur-Heure, "fief de reprise" classé dans les registres de la Cour féodale de Brabant 2.
On trouve déjà une première mention de cette dépendance agricole de l'abbaye de Lobbes, au IX°s dans un polyptyque des propriétés monastiques, dressé par (Saint) Jean, 17ème évêque de Cambrai (866-879), à la demande de Lothaire II (roi de Lotharingie, arrière-petit-fils de Charlemagne). Le document situe le village dans le "pagus lommensis" (pays de Lomme) à la suite de Naslineas (Nalinnes), Berezeis (Berzée) et Tier (Thy-le-Château).
1 Pour cette famille, voir
"LE PARCHEMIN"
n°353 de sept-oct 2004,
pages 329 à 354*Terres soumises à une imposition fixe annuelle la dispensant de tout contrôle provincial, fréquent pour les enclaves Brabançonnes en principauté de Liège.
La Châtellenie d'Ath et le Tournaisis bénéficiaient des mêmes privilèges.2 Abbé SOUDAN (1930):
La terre et seigneurie franche de Cour/Heure.Plusieurs enfants naquirent de cette union 3 et à la génération suivante, Philippe de Baudrenghien, fils d'Alexandre et Anne-Marie Ryckewaert épousa sa cousine Anne-Marie de Glymes, et la baronnie de Samart. C'est en effet en ce début du XVIII°s que cet arrière-arrière fief du Prince-Evêque de Liège fut élevé en baronnie, conférant un titre de noblesse à ses nouveaux propriétaires.
3 Jean-Baptiste de GREZ, Fonds héraldique du Ministère des Affaires étrangères, sous réf. 3m46.
Dans la cour du château, on peut s'amuser à chercher, taillé dans un linteau de pierre recouvrant l'une des portes d'entrées du corps de logis, un petit blason millésimé "1735". Il est haut d'une vingtaine de centimètres, arbore 3 hamaides alésées*, chargées de 9 besants et une guirlande de laurier pointe en son cimier une couronne de baronnie hispanique.
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* Qui suivent le contour de l'écu Château-ferme de Samart (Philippeville)
C'est la reproduction à l'identique, en modèle réduit, de celui qu'on peut voir sur la pierre sépulcrale de ses grands-parents, en l'église de Cour-sur-Heure, pour Jacques de Baudrenghien, mort en 1683 et son épouse Jeanne de Glimes, ou encore sur la dalle de marbre érigée à la mémoire de son oncle, Jean-Baptiste, chevalier de l'Ordre de Saint Jacques de Compostelle, mort à Madrid en 1666* .
* A gauche du porche d'entrée.
A Samart, comme à Cour-sur-Heure, on s'étonnera peut-être de la forme ovoïde des écus supportant indifféremment les armoiries des conjoints. Il faut savoir qu'à partir de la moitié du XIVème siècle, avec la disparition progressive des boucliers d'armes défensifs, la représentation graphique des écus prit quelques libertés artistiques,
avec des restrictions de modes, us et coutumes de lieux et de moments. Les contours, moins sujets à discordes, manifestent des ambitions esthétiques et se déclinent progressivement sous diverses formes. Désormais, l'ovale n'est plus exclusivement réservé à la gent féminine comme il le fut jadis1. Mais peut-être, devrions-nous voir ici un hommage aux dames de Glymes ?
1 Claude WENZLER, "Guide de l'Héraldique" p.30
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Jacques de Baudrenghien et Jacqueline de Luxembourg eurent aussi deux filles qui épousèrent des demi-frères. En 1517 Marguerite de Baudrenghien, Prieure à Lessines ordonna la réédification de l'Hôpital Notre-Dame, dont certaines parties du corps de logis et des bâtiments du coté de la ferme.
Marguerite était une sœur aînée de Jacqueline, châtelaine de l'Estriverie à Bois-de-Lessines par son mariage en 1515 avec Pierre de Cottrel. Marguerite fut l'épouse de Charles Cottrel, le demi-frère de Pierre, un fils naturel que Jacques, leur père, eut avec Marguerite de Grugie, raison pour laquelle il n'apparaît pas dans les généalogies de la maison noble de Cottrel bien qu'il fut légitimé par Charles Quint.
On peut lire dans les Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut1, que cette Marguerite, sœur de Jacqueline, et la Prieure de l'hôpital de Lessines seraient la seule et même personne. Théorie à laquelle nous sommes enclin d'adhérer n'ayant d'une part aucune homonymie à lui opposer et les archives de l'hôpital n'ayant d'autre part aucun témoignage d'une vie conventuelle antérieure aux quittances pour les travaux qu'elle entrepris. Si les anciennes généalogies relatent des noviciats de nos jeunes filles Baudrenghien à Tournai, à Ghislenghien ou ailleurs, nous nous étonnons encore qu'il n'est fait mention nulle part dans les documents que nous possédons actuellement d'une Marguerite religieuse à Lessines et à fortiori d'une Prieure. Cependant, les signatures scellées dans les fondements des bâtiments lessinois dissipent les moindres doutes sur son ascendance.Théodore Lesneucq*, déclare que cette noble Dame aurait participé en fonds propres aux travaux et aurait renouvelé une partie non négligeable du mobilier de la maison. C'est pour sa générosité et son désintéressement que son blason fut scellé sur la cheminée du réfectoire, lieu de rassemblement et de méditation, où durant des siècles les religieuses prirent silencieusement leurs repas, en écoutant l'une des leurs lire un à un les noms des défunts du martyrologe.
1 Ed. Léon LASSEAU., 1891, page 290.
* Nommé tardivement Archiviste communal, il publie en 1906 une seconde édition enrichie, de sa monographie "Histoire de la ville de Lessines". d'où ces propos sont relevés à la page 182.
Réfectoire ND à la Rose (Lessines) Bronze portant trois fasces ou hamaides, chargées respectivement de 4, 3 & 2 besants, blason le plus souvent rencontré.
A l'extérieur*, autour de la fondatrice, Alix (Aleyde) de Rosoit (1242) et de son fils Jean d'Audenarde (1247), on honore parmi les mécènes* de l'institution, Maître Arnould, prêtre (1267), les prieures Marguerite de Baudrenghien (1526) et Jeanne Duquesne (1661), et de grands Sires du Moyen-âge, comme Godefroid de Louvain (1245), Gérard de la Hamaide (1275), Charles de Rebaix (1275), ou la célèbre famille montoise du Breucq (de 1349 à 1369). Au XVI°s, Martin d'Alost d'Ogy et plus proches de nous, François et Célestine Dumortier (1890-1905) et encore Léon Borreman en 1900.
*Au dessus du porche d'entrée de l'hôpital, sont scellées en façade dix-sept plaques de marbre gravées aux noms des bienfaiteurs de l'institution.
Certaines d'entre-elles sont encore vierges.
Terminons ce second paragraphe par la visite de l’église de Bois-de-Lessines et plus particulièrement de sa chapelle seigneuriale.
que la très ancienne paroisse de Bois-de-Lessines, déjà mentionnée dans le Veil Rentier, trouve ses origines à la fin du XII°s quand les missionnaires du Chapitre Métropolitain de Notre-Dame de Cambrai y érigèrent une chapelle vouée à la sainte. Des vestiges retrouvés à la rue Basse, la situent entre les bien nommées, rues Notre Dame et de la Croix. Détruite au milieu du XV°s, elle fut remplacée par un bâtiment plus grand érigé à l'emplacement de l'actuelle place communale, sur un terrain appartenant alors au châtelain. Le nouvel édifice était flanqué de deux chapelles latérales, la première vouée à St Nicolas, la seconde, abritant la statue de la Vierge et l'autel initial. L'ensemble fut dédié, on ne sait trop pourquoi, aux deux martyrs : St Gervais et St Protais*.
Raymond Duhaut, membre distingué du Comité du Cercle d'Histoire de l'entité Lessinoise, nous apprend11 Cercle d'Histoire de l'entité Lessinoise :
"Église et maison presbytérale à
Bois-de-Lessines"
n°100 - déc. 1998*A l'époque de Néron, les frères jumeaux Gervais et Protais, après s'être convertis au catholicisme et à la pauvreté furent martyrisés à Milan par un général romain, auquel ils avaient tenu tête.
En 1784, l'état de délabrement des murs amena à la décision de construire un nouvel édifice qui sera achevé six années plus tard.
L'église en brique surmontée d'un petit clocher abrite l'antique cloche datée de 1363. La nef fait cinq travées, avec des collatéraux et un chœur. La chapelle tribune qui nous intéresse, n'aurait été construite que plus tardivement, en 1853, à la demande et aux frais du marquis Théodore d'Yve de Bavay, châtelain et bourgmestre de la commune. Les murs de cette chapelle aujourd'hui laissée à l'abandon, sont peints d'un leurre de marbre jauni et veiné. le plafond constitué d'une voûte ogivale supporte un lustre en bronze.
Une douzaine de chaises défoncées font face à un petit autel et dans le sol pavé de carreaux noirs, on devine encore plusieurs dalles funéraires aux inscriptions à moitié effacées.
Mais dans le fond de la pièce, paraît le somptueux tombeau de Nicolas de Cottrel mort le 23 octobre 1564 et de son épouse Louise de Rubempré, décédée le 17 décembre 1587. La raison pour laquelle nous nous intéressons plus particulièrement à ce personnage est qu'il était le fils de Pierre de Cottrel et de Jacqueline de Baudrenghien dont nous avons parlé précédemment.
Gisants
(Bois-de-Lessines)
Le socle de pierre blanche est long de 2 m 22 et haut de 1 m 10. Sur la table de pierre bleue repose un couple de gisants en bronze aux pieds desquels sont respectivement couchés un lion, symbole de vaillance et un lévrier, signe de fidélité.
Les défunts ont les mains jointes, en position de prière. La dame est représentée en coiffe et vêtue d'une longue robe. Son époux est en tenue de combat, son heaume placé en tête, son épée et ses gantelets posés à sa droite. Il porte une cotte armoriée de 14 couronnes posées 4, 3, 4 ,3 propre à la famille de Cottrel qui sont plus exactement des pointes de lances émoussées car, d'après Le Carpentier; "Cotterel en vieil gaulois estait une sorte d'arme ancienne faite en forme de lance". On remarque des traces de réfections (antérieures à 1926) au niveau des mains et de l'épée du chevalier.
Le pan du côté des pieds porte une plaque de laiton avec l'inscription : "Nicolas de Cottrel V le XXIII° jour d'octobre XV°LXIIII et Louise de Rubempré, son épouse, V le XII° de décembre XV°LXXXVII.
Le côté droit du monument, présenté frontalement, arbore les armes des Cotrel, des Baudrenghien, des Rubembré et de la maison de Bourgogne, parents respectifs des défunts, du moins, pour les trois premiers. Car, sauf erreur, Louise était la fille de Charles de Rubempré (V 22/4/1549), Grand Chambellan de l'empereur, chevalier seigneur et vicomte de Montenaeken, seigneur de Biévène, Resves, Warfusée, Haveluy, Aubigny, Estrées, Haibes, Bourghelle, Jenlin, etc. et de Jeanne de Bousies* (V 6/7/1549), héritière(2) de Vertaing en Cambraisis, de Féluy, Gosselies, Tubize, etc, tous deux inhumés en l'église de Rêves près de Fleurus.
* Pour la Famille de Bousies, voyez Christophe Butkens, "Trophées de Brabant". Supplément, t.1, p. 224. Bibl. Nat., à Paris, "Rapsodies des Recoeuilz de M. Jean Scohier, Beaumontois, aumônier de la maison de Crouy" 2e vol. copié en Flandre en 1620 sur le manuscrit original audit J. Scohier par feu Pierre d'Hozier. Additions de la main de d'Hozier, le fils. Vol. II, p. 177 (d'après ANB.1912 - p.281)
2 Les Bousies étaient seigneurs de Gosselies et châtelains de Feluy dès 1380 et jusqu'en 1548, avant de passer aux Rubempré par ce mariage.
Pour la petite histoire, leur seconde fille, Marie de Rubempré, veuve de Jehan de Sainte-Aldegonde, et remariée en 1543 au comte de Gunterstorff, lui même issu d'un premier mariage avec Jossine de Jauche, devint un temps, l’amie du puissant empereur que servait son époux. Le mari, humilié s'expatria avant de rejoindre par dépit les rangs ennemis français.
A.N.B. 1911, p.125
Quartiers
(Bois-de-Lessines)
Le blason des Bousies (d'azur à la croix d'argent), aurait-il été sacrifié par l'inhumation en ce lieu de la très noble dame Isabeau de Bourgogne1, belle-fille des gisants, épouse de leur fils, Charles ?... Cette hypothèse, bien que probable, reste à vérifier.
Quoi qu'il en soit, un inventaire détaillé du patrimoine de l'église, publié en 1926, décrit en page 46 un "cénotaphe" et donc un monument mortuaire vide, sans toutefois préciser si le tombeau a été ouvert à cette occasion ou si l'auteur se base sur un rapport antérieur. Mais peut-être use t-il d'un terme mal choisi ?. Sur une photographie en noir et blanc, qui accompagne ce texte, on voit les blasons des Rubempré et des Bourgogne respectivement aux places actuelles. Ceux des Cottrel et Baudrenghien, par contre, n'apparaissent pas sur la photo.
1 Bourgogne-Waecken : branche bâtarde.
Bulletins de la Société. Hist & Litt. de Tournai - Tome 5 [1858] p.339.
Branche éteinte au xviij siècle
N'ayant pas eu de descendance d'avec son épouse, Anne-Marie de Glymes, la branche des Baudrenghien portant les hamaides chargées de besants, s'éteignit à Samart, au décès du baron Philippe peut-être en 1735. Mais en fait, et très étonnamment, nous ignorons la date précise de son décès. Avant que la baronnie ne revinsse par défaut à la belle-famille du défunt, le curé de Laneffe, le village voisin, fut chargé, au titre d'exécuteur testamentaire, d'entreprendre, des recherches de parenté, même à l'étranger et notamment en France et en Espagne, où son oncle paternel, Jean-Baptiste, était mort en 1666, mais en vain...
Merci à Mr le Doyen
Francis CAMBIER
(Leuze-en-Hainaut).
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4.3. Les (de/der) Baudrenghien en France
Nombre d'exégètes ont erronément affirmé que les Baudrenghien de Belgique sont originaires de Bourgogne par un homonyme, prénommé Jean*, venu aux Pays-Bas avec le duc Philippe le Hardi1 au quatorzième siècle. C'est oublier que des porteurs du nom étaient déjà connus en Hainaut bien avant cette époque et selon Pierre Looze, cette théorie improbable est due à une erreur d'interprétation des textes anciens, où il fallait lire "revint" de Bourgogne avec Philippe le Hardi...
Empressons-nous d'ajouter, qu'un autre Jean de Baudrenghien est déjà cité en 1248 à St. Omer en Artois et qu'il faut considérer d'autre part le hameau de Baudringhem recensé depuis des temps anciens sur la commune de Campagne-lès-Wardrecques, dans le Pas-de-Calais, mais avec lesquels, nous n'avons probablement aucun lien.
* Ce Jean, qui nous est connu, avait pour épouse Jenne de Homsbrouck1 VEGIANO-HERCKENRODE
"Nobiliaire des Pays Bas et du Comté de Bourgogne"
Vol.I, page119.
(Bibl. Mun. de Cambrai, Manuscrit 1024 - Jean Pitpan de Montauban - f°133).
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Les Pairs de Valenciennes.
Alors qu'il y avait un Comte de Valenciennes, un Châtelain de Valenciennes, il y avait également des Pairs de Valenciennes. Ils étaient au nombre de six; ils avaient leurs pairies dans la circonscription du Comté, et leurs maisons, ou leurs hôtels dans l'enceinte même du vieux château; ils étaient connus sous le nom de Pairs du château de Valenciennes. - Ils tenaient, dans leurs demeures, leurs plaids en ce qui concernait les procès de leurs vassaux respectifs et formaient la Cour du Comte et celle du Châtelain, pour les procès ressortissants au tribunal de ces derniers.1
Les Pairs de Valenciennes se distinguaient des autres pairs bourgeois par une condition plus élevée dans l'ordre des citoyens. De même qu'il y avait des jurats dont les familles se confondaient avec la noblesse, il y avait aussi des Pairs de ville qui étaient nobles, ou considérés comme tels. De ce nombre étaient les Pairs de Valenciennes et de Hainaut. On les voit figurer dans l'histoire de le chevalerie, avec les attributs de la noblesse et même de la noblesse militaire qui est incontestablement la plus ancienne.2
Après la réunion du Comté de Valenciennes au Comté de Mons, ou Hainaut ancien, qui formèrent le Hainaut nouveau, l'un et l'autre Comtés ayant conservé ses lois, coutumes et privilèges, les choses demeurèrent dans le même état: - le Comte de Hainaut eut, à Mons, sa Cour des Pairs du Hainaut proprement dit, et à Valenciennes, sa Cour des Pairs de Valenciennes.1
1 Société d'agriculture, sciences et arts de Valenciennes:
"Mémoires historiques sur l'arrondissement de Valenciennes" - Famille des sgr de Tritch p.572 Michel-Constant LEBER
"Histoire critique du pouvoir municipal" (1828), Ch. IV, - p.226.
Les Baudrenghien, Pairs de Préseau-lez-Valenciennes.
Dans le premier quart du XVI°s, Hubert de Baudrenghien portant les armes tournaisiennes "d'or à la croix de gueules cantonnée d'étoiles" devint un des Pairs héréditaires du Comté de Valenciennes, par le legs du fief de "Pressal" (Préseau) que fit sa cousine Jeanne de Lannoy en sa faveur. Ce village était situé à 6 kilomètres au Sud-est de Valenciennes, sur la vieille route du Quesnoy.*
*Un long article fut
publié à ce sujet dans
"Le Parchemin"
n°196, année 1978
pages : 207 à 223
Authentification des armes des Baudrenghien de Préseau.
"L'église de Bourecq
(situé entre l'Artois et la Plaine de la Lys) renfermait autrefois le tableau funèbre de Dame Marie Anne Josèphe de Cramet, épouse de Messire Maximilien Thomas de Croix, morte le 28 octobre 1726. Relevé en fut fait à la demande de Messire Louis Eugène Marie, comte de Beauffort et de Moulle, par MM. Auguste Jh. Berode et Ch. Fr. Cruille, notaires à Lillers. Les signatures furent légalisées par le maire et les eschevins de ladite ville, le 27 juin 1759; signé "Penin" et timbré sur cire des armes de Lillers en Artois"
Description: Ce tableau se trouvait en l'église paroissiale de de Bouret (sic), attaché au mur du côté de l'Evangile du choeur de lad. église: Obiit 28 8bris - Anno 1726. Au milieu, sous couronne de marquis, deux écus accolés :1°Croix: d'argent à la croix d'azur
2°Cramet: d'argent au chevron d'azur acc. de 3 dauphins du même couronnés d'or; la pointe du chevron chargé d'un écusson d'or à la croix de gueules cant. de 4 étoiles à 5 rais de sable qui est Baudringhien.
Explication: Le 28 août 1579, Jacques de Baudrenghien, écuyer, capitaine de cavalerie; troisième fils de feu Arnould, défunt seigneur de Préseau & de Marguerite de Lamine, épousa Madeleine Cramet, dame de Loges; fille de Philippe seigneur de Loges & d'Isabeau d'Ocoche, à condition que leurs enfants prennent le nom et les armes de Cramet, en conservant toutefois le surnom de Baudrenghien.
Dans son manuscrit (discutable) "Généalogie des Provinces du Nord" Casimir de Sars de Solmont décrit page 617: "de Baudrenghien de Valenciennes portant d'or à la croix de gueules cantonnée de quatre étoiles à six rais de sable ou 4 molettes" (des molettes sont dessinées) Cimier: une tête et col d'aigle d'or".
*Bibl. mun. Valenciennes : Manuscrit de Casimir de SARS de SOLMONT : Généalogie des Provinces du Nord, p.617.
En 1815, Nicolas de Saint-Allais, connu pour un ouvrage antérieur sur les "Généalogies historiques des Maisons souveraines de l'Europe", décrit dans un "Nobiliaire Universel de France1" les armes des Baudrenghien, en Cambrésis : "D'or à la croix de gueules, cantonnée de quatre étoiles de sable" sans préciser le nombre de rais. Mais le professeur Dr. Ottfried Neubecker, héraldiste distingué, de nos contemporains, confirme dans "Le grand livre de l'héraldique2" que la norme française toutefois non restrictive des étoiles héraldiques était bien de 5 rais.
1 de SAINT-ALLAIS:
"Nobiliaire Universel de France ou Recueil Général des Généalogies historiques des Maisons nobles de ce royaume"
(1815) tome 5 - page 178.2 O. NEUBECKER
"Le grand livre de l'héraldique"
Elsevier 1976 - p.24.
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Valenciennes en Comté de Hainaut.
En 1036, Regnier IV, comte de Hainaut, épouse la fille unique d'Hermand, comte de Valenciennes; et par là, Richilde, seul fruit de ce mariage réunit dans sa main la propriété de ces deux grands fiefs. Mais cette réunion ne se fait que sous la condition expresse qu'elle ne préjudiciera point aux droits, franchises, lois et coutumes de l'un ou l'autre comté qui demeureront toujours séparés de droit, quoi qu'unis de fait. Cette condition sera solennellement arrêtée dans une assemblée générale des seigneurs de Valenciennes et de Hainaut.
Cette particularité sera respectée par Philippe-le-Bon, quand Valenciennes passera à la maison de Bourgogne en 1431. Il confirme dans une charte de 1447 que les contrats passés dans le Hainaut par les hommes de fiefs, ne vaudront à Valenciennes que comme simples cédules (litt. publications).
A la mort de Philippe le Beau en 1506, les biens bourguignons furent annexés aux possessions autrichiennes.
Sous Charles-Quint, Valenciennes ne ressortissait pas à la cour souveraine de Mons, mais par un décret de 1534, au grand conseil de Malines. Le 23 mars 1540; "Charles..., empereur des Romains..., salut. Comme puis naguère, à la requête de notre procureur général, les prévôts, mayeur et échevins de notre ville de Valenciennes eussent été ajournés de comparoir pardevant nos amés et féaux les présidents et gens de notre grand conseil à Malines, afin de voir déclarer aboli, annihilé et cassé certains cahiers et livres des coutumes de ladite ville, banlieue et chef de sens de Valenciennes qu'ils avaient fait imprimer et publier comme contenant aucunes coutumes exorbitantes, déraisonnables, contraires et dérogeantes à notre supériorité et hauteur, et après que, en ladite cour, eût été procédé à plusieurs actes, nous, désirant mettre fin audit différend sans le laisser traîner par une longue involution de procès, eussions, à notre dernière venue en nos pays de par deçà, fait évoquer ladite matière en l'état qu'elle était pendante en notre grand conseil, et lesdites parties, pardevant nous et nos amés et féaux les chef-président et gens tenant notre conseil-privé, poue être sommièrement et de plein traité, d'autant qu'il y était question de mettre ordre, tant au fait de la justice que à la police de notredite ville et banlieue; où les parties ont été bien et au long ouïes en tout ce qu'elles on voulu dire, proposer er alléguer; et finalement par notre sentence définitive, et pour le droit a été dit, justifié et sententié que ledit cahier des coutumes serait rapporté ès mains desdits de notre conseil privé pour être cassé et aboli".
M. MERLIN
Répertoire universel et raisonné de jurisprudence
5°ed. t.36 (Bxl 1828) p.1 à 5
Bien que la ville de Valenciennes n'ait jamais été intégrée dans le département des états de Hainaut, ses députés assistaient cependant aux assemblées générales tenues à Mons, mais comme l'observe d'Outreman1, ce n'était que pour s'assurer qu'aucune résolution n'était prise à leur encontre.
1 Henri & Pierre D'OUTREMAN
"Histoire de la Ville et Comté de Valentiennes" (Douai 1639).
Au XVII°s, les villages unis à la banlieue de Valenciennes ne reconnaissent en matière personnelle que les chartes générales du Hainaut, tandis que la ville et son ancienne banlieue sont régis à cet égard par la coutume particulière de Valenciennes:
l'art.221 de la coutume de Valenciennes établit formellement, que la ville de Valenciennes a autorité et prééminence de chef de sens en plusieurs bonnes villes et villages situés... en Flandre, Cambrésis, Tournaisis et ailleurs. Il est sensible que les chartes générales, uniquement faites pour le Hainaut, n'ont aucune autorité soit sur les fiefs situés, soit sur les contrats passés, soit enfin sur les personnes domiciliées dans ces différents lieux. Ainsi, lorsqu'il est est question d'un de ces trois objets, il faut consulter la coutume de la situation; car celle de Valenciennes n'assujettit les villes et lieux qui se trouvent sous la le dit chef de sens, qu'en fait d'héritage tenus en censive, biens meubles et successions. Ce sont les termes de l'art. 222 de cette coutume.Le Comté de Hainaut s'étendra aux portes du Cambrésis jusqu'en 1678, quand le Traité de Nimègue, en mettant fin à la guerre de Hollande, lissera les frontières de la France en y annexant notamment la place forte de Valenciennes. Mais la "coutume" de la ville ne sera abolie dans toutes ses dispositions qu'après la révolution française.
M. MERLIN
Répertoire universel et raisonné de jurisprudence
5°ed. t.36 (Bxl 1828) p.1 à 5
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Naissance du village de Préseau consécutivement à la fondation de son église.
On trouve une première mention de "Presel" en 1117, quand le hameau et l'autel de la paroisse furent donnés à l'Abbaye de Saint-Jean de Valenciennes par l'évêque de Cambrai1. Car à son origine, Presel n'était que le lieu-dit d'un village portant le nom de "Helpignies" ("altare de Helpeneis cum appendicio suo Peresello"), progressivement absorbé par la prospérité et l'expansion de Préseau en son sein.
1 FOPPENS
Op. dipl. Miroei. II. p.677 (page 44 dans Estreux-Préseau de Gennevoise, référence 1)
En 1142, le hameau de Préseau devint le siège d'une chapelle, que le Souverain Pontife confirma à Saint-Jean avec l'autel d'Helpignies: "altare de Helpeneis cum capella de Prasello". Puis la chapelle concurrença l'autel voisin, comme en témoignent en 1146 et encore le 4 décembre 1173, des bulles du Pape Alexandre II, qui font mention de deux autels distincts: "altaria de Helpenies et de Peresello". Des religieux de Saint-Jean y exercent le saint ministère44-3.
44-3
Bibl. mun. Valenciennes
M.S. 626 folios 10 r. & 11. (page 44 dans Estreux-Préseau de Gennevoise, référence 3)
Le terrage et la dîme se percevaient inégalement sur le territoire. Certaines terres étaient franches de terrages et assujetties seulement à la dîme-Dieu que se partageaient dans des calculs savants l'abbaye et le curé du village. En 1448 un septième des terres cultivées, soit 81 hectares, bénéficiaient de ce privilège1.
1Joseph GENNEVOISE
"Estreux-Préseau-Saultain, près Valenciennes"
(Lille 1935)- page 47.
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Le village prendra au cours de son histoire diverses formes orthographiques rappelant invariablement les prés de son environnement: Peresellum, (chronique de l'abbaye de St. Jean, par A. D'Outreman); "Presel", (titre de St. Jean, 1173); "Prezel" en 1186, (J. de Guise); "Prese" en 1248, "Presiel", (pouillé du xiv°s)1, mais la seigneurie releva toujours des mêmes souverains que la ville et la marche de Valenciennes, et devait répondre à leurs appels aux armes, en matière "d'ost et de chevaucée".54-1
54-1
Louis DEVILLERS, Cartulaire des censes et rentes... II p.45.
En 1475 (n.st.54-2) par exemple, trois "fieffés" dans Préseau avaient à procurer au souverain un homme d'armes à pied, notamment Jean Boidts, seigneur du village. En outre, les Pairs de Valenciennes, quel que soit leur lieu de résidence dans le comté étaient tenus avec leur famille de faire leurs Pâques en l'église abbatiale et d'y faire célébrer leurs obsèques. Mais peu de ces seigneurs de Préseau habitèrent la localité et l'église paroissiale du village, qui disposait d'une tribune seigneuriale retint par sa proximité, les occupants du castel.
54-2
Archives de l'Etat à Mons, Mémoires de Jean Cocquiau, II, folio 320.
La dévolution de Préseau.
Au XV°s l'ampleur des possessions relevants du comte de Hainaut imposa le partage du titre seigneurial, mais le château restera indivisiblement lié au fief-pairie. Suivant les diverses généalogies traitant de la dévolution de Préseau, on constate parfois des décalages dans les générations se succédant, c'est pourquoi nous utiliserons comme ouvrage de référence la monographie de Joseph Gennevoise1, en y apportant les corrections qui nous sembleront utiles. Les propres références de l'auteur seront précédées du numéro de page auxquelles elles se rapportent.
1Joseph GENNEVOISE
"Estreux-Préseau-Saultain, près Valenciennes"
(Lille 1935).
a. Les fiefs tenus du comte de Hainaut
Vers 141054-4, Jean du Gardin, fils de Nicolas (Colart), bourgeois de Valenciennes, tenait du comte de Hainaut "à Préseau-delés-Valenciennes" 1 fief-lige, ès parties2.
En second lieu, Jean de Préseau, écuyer, tenait du comte de Hainaut 4 fiefs-liges dans préseau2.
Jean de Quarouble, bourgeois de Valenciennes tenait encore de sa femme Jeanne Polle" en la justiche Jehan dou Gardin, fils Colart" mais au comte de Hainaut 1 fief ample 2.
Enfin Pierre dit le Borgne de le Porte, bourgeois de Mons, tenait du même souverain, à Préseau, 1 fief ample "gisant en IX homaiges, les aulcuns liéges et les aulcuns amples...2"
54-4
Archives de l'Etat à Mons, cartulaire du Hainaut de 1474.
Au point de vue financier, six deniers de cens étaient seuls inscrits à l'actif des comtes de Hainaut en 1265 dans Préseau mais il s'y ajoutait des reliefs 2 (droit de mutation de fief).
2Joseph GENNEVOISE
"Estreux-Préseau"
Chap.III, p.56 &57.
Jean du Gardin acheta, en 1412, dans un "recours" ou adjudication publique, les 9 hommages de Pierre le Borgne, puis en 1422, la taille de 15 livres et 30 assises de Jean Quarouble, et en 1432, 18 £ de rente, dépendant d'un des fiefs de Jean Préseau.
Arch. dep. Lille B.11951, folios 62, 64. 74 & 86 dans la monographie de GENNEVOISE - p.56.
Alard du Gardin bénéficia ensuite de ce regroupement et posséda plus de 57 muids ou 105 hectares de terres labourables dans Préseau, partageant les terrages avec les abbayes de St. Jean et de Fontenelle, à l'exclusion de Jean Préseau, à qui appartenaient encore 36 muids environ ou 67 hectares.
Les divers éléments des fiefs qui précèdent, se ramènent en réalité à ce qu'on appelait le gros d'un fief, et à des concessions de terre.
Plusieurs de ces fiefs restèrent identiques jusqu'à la fin du XVIII°s. D'autres subirent des alternatives, mais la maison manable avec dépendances de ferme et bosquet, dont le cartulaire de 1410 attribue la propriété à Jean du Gardin demeurera le "criterium", la distinction du fief-pairie de Préseau".22Joseph GENNEVOISE
"Estreux-Préseau"
Chap.III, p.56 &57.
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b. Le fief-pairie de Préseau.
A la suite de Allart du Gardin, seigneur du Vivier :
L'aîné de ses deux fils, prénommé comme lui, racheta la seigneurie de Préseau en 1433, et la possédait encore en 1448 avec 105 hectares environ77-3.
Il fut Prévôt de Valenciennes en 1437 et mourut après 1448 (non en 1440 comme le dit le M.S. de Sars). Il épousa en premières noces Jeanne du Gardin, fille de Nicolas et de Margerite Grebert et en secondes noces Pieronne de Wanquetin. Il eût deux filles, qui suivent en 1474, une de chaque mariage.Le cadet, Aymery du Gardin épousa Marie Fuyant avec qui il eût Jehenne du Gardin (16080), qui adulte, épousera* Raisse (Raisset) de Baudrenghien, dit du Marquais et de la Plancq, bourgeois et résident de Tournai avec qui elle aura 3 enfants : Guillaume (Sr. de le Plancq), Hubert (héritier de Préseau) et Alix (Dame du Marquais).
77-3
Bibl. mun. Valenciennes
M.S. 777; - Arch. dep. Lille. B.11951, t°87? ET H. St Jean (enquête de 1437).*Jehenne du Gardin est citée célibataire en 1475 dans le testament de Jehan Fuyant. Ne pas la confondre avec sa cousine homonyme.
Bibl. Univ. de Gand, ms G. 16191, f° 953
En 1474, Jean Boids ou Boidts (16076), dit de Stavelle, Trésorier Général du Hainaut (V1483), recueillit du chef de sa femme Jeanne de Gardin (V1502), les fiefs hérités par elle de sa soeur aînée, Claire, morte sans enfants cette même année 1474.
La pairie passa ensuite aux de Lannoy par le mariage vers 1480 de leur fille Simone Boidts (20 ans) à Louis de Lannoy3 de quarante ans son aîné 4. Ils eurent une fille, Jeanne de Lannoy, qui suit.Arch. dep. Lille B.11.972, folios 18, 19 & 22. 3 Bibl. mun. de Cambrai,
ms n°879, f°126
4 Tablettes du Hainaut, tome 7, page 263.
La malheureuse Jeanne de Lannoy, hoir féodal du fief-pairie par sa mère, avait été enlevée en mai 1515 et séquestrée en Tournaisis, à Flines-lez-Mortagne, alors possession du roi d'Angleterre, puis épousée de force à Valenciennes par son ravisseur, un certain François d'Ailly, dit de Sains, seigneur d'Haulchin, déjà veuf d'un premier mariage avec Catherine du Bois de Hoves, soeur cadette de Jacqueline, épouse d'Antoine de Lannoy. Suite à ce rapt, François d'Ailly fut condamné et dépossédé de sa seigneurie par le Grand bailli du Hainaut. Mais en novembre de la même année, il obtint des lettres de rémission4 du jeune empereur Charles Quint et recouvrait son bien
Jeannette mourut en novembre de l'année suivante âgée d'à peine 36 ans. Ce décès sans postérité, ne pouvait que confirmer Pierre de Lannoy dans l'héritage de sa nièce, mais les dernières volontés de la défunte, énoncées le 27 novembre 1516, désignaient un autre héritier pour les biens échus de sa mère, en la personne de son cousin Hubert de Baudrenghien, fils de Rasse et de Jeanne du Gardin et époux de Jeanne d'Haultighem (Authighem). 4
79 / 12.
Bibl. mun. Valenciennes M.S. de SARS, VII, pp.92 & 113.du CHASTEL: Généalogies
Tournaisiennes II,p.409.Arch. dép. Lille, B. n°1727, f°I.
Archives de l'Etat à Mons, greffes scabinaux, Préseaux, 6-5-1515.
4 Tablettes du Hainaut, tome 7, page 263.
D'après le Baron Etienne de Bethune-Sully5 ,Hubert demeurait à Préseau où il possédait déjà un fief : "...en 1502, deux fiefs terrages s'accusent, dont l'un dit de Saint-Saulve appartient à Hubert de Baudrenghien, demeurant à Préseau, l'autre est tenu par Jean Boids, demeurant à Bouchain. Un acte du 8 novembre 1517 nous apprend que ces deux fiefs amples appartiennent à Hubert de Beaudrenghien par suite du trespas de sa cousine Jenne de Lannoy et que le premier est dénommé "Hutin". Ils lui appartiennent encore en 1521.
Ce testament fut énergiquement contesté aussi par Jehan du Gardin, seigneur de Romegnies, qui s'estimant outrageusement lésé, entama une procédure en justice qui durera 10 ans. Les droits sur les fiefs succédés et échus à Hubert, ne furent finalement concédés par lui qu'en 1526, dans un accord amiable.
5 Etienne de BETHUNE-SULLY : "Aulnoy-lez-Valencienne"
Hubert de Baudrenghien mourut le 15 avril 1548, âgé d'environ 83 ans. Arnould, son fils aîné, décèdera en 1559, il avait épousé Marguerite de Lamine le 9 février 1526, elle lui donnera sept (peut-être huit) enfants, dont 3 fils; le puîné de la fratrie était Jacques de Baudrenghien, héros à la bataille d'Hautrage en 1579, nous en reparlerons au moment opportun. L'aîné des trois, prénommé comme son grand-père paternel, tint les dix hommages (ou arrière-fiefs) de Préseau en un fief ample "de Sa Majesté, à cause du comté de Hainaut". Ils furent encore relevés par lui en 1567, à savoir :
1 SAINT-ALLAIS : Nobiliaire universel de France
T. 19 p. 389 & suivantes, mstm, Dumont - Quartiers généalogiques
1. Un fief se comprendant en huit muys de terre, y compris
sa cense audit Préseau, valant par an cinq muids de blé.
2. Un autre fief se comprendant en XVIII huitelées de terre,
valant par an II muids de blé.
3. Un autre fief, se comprendaot en XXXVI huitelées de terre: XXIX sous blancs et XII chapons de rente, valant par an quatre muys et demi de bled.
4. Un fief dit de le Motte à le Pierre, se comprendant en paturaiges et arbroyes avec trois mencaudées de terre y tenant, valant X livres tournois par an.
5. Un fief se comprendant en un terrage de cinq gerbes par an
au cent, à Préseau, valant quatre muids de blé par année.
6. Un fief se comprendant en XXIIII huitelées de terre et une
maison valant XXII mencauds de blé par an.
7. Un fief se comprendant en II muids de terre, valant douze
mencauds de blé.
8. Un fief se comprendant en XIII huitelées de blé, valant par
an un muid de blé.
9. Un fief se comprendant en un terrage de cinq gerbes du
cent, valant trois muids de blé par an.
10. Un fief se comprendant en un terrage esclissé du précédent,
valant onze mencauds de blé par an.
91-2 Arch. dép. Lille, B. 11.950, f° 118.
En 1576, Hubert de Baudringhien, écuyer, deuxième du nom à Préseau cultivait lui-même ses 52 muids de terre, avec quatre mencaudées de pâture, soit au total 96 ha1. Il décèdera vers 1578 sans avoir eu de descendance de son épouse Michèle de Hertaing.
1 Société d'études de la province de Cambrai Vol.43, page 71.
L'une des soeurs de Hubert était mariée au seigneur de Canfain, une autre soeur Françoise, était l'épouse de Louis de Belvalet71 et d'après Jean Baptiste de Grez; une troisième, Jehenne (12092) aurait épousé Antoine Maria Visconti2, seigneur en partie de Préseau. Mais c'est leur second frère*, Jehan, capitaine d'une des huit compagnies bourgeoises de Valenciennes, qui se distinguera sous les murs de Cambrai en 1595 qui hérita la seigneurie après Hubert. D'ailleurs, en 1604, Nicolas Gosselin "mayeur d'Antoine Maria" se dit en même temps "lieutenant-mayeur de Jean de Baudringhien" et les échevins se déclarent "servans pour les deux seigneuries" a finalement le titre de "seigneur en partie" de Préseau fut consacré par l'usage pour les uns et les autres b.
2 Fonds héraldique du Ministère des Affaires étrangères, sous réf. 3m46
a Recueil Par la Société d'études de la province de Cambrai, Lille (1935) p.67
b Société d'études de la province de Cambrai Vol.43, page 66
Comme l'attestent les généalogies de Croix et de Beauffort1, c'est par l'unique enfant de ce dernier, unie à son cousin germain Pierre de Croix, écuyer, seigneur de Trietre, etc., que la pairie passa à cette maison. La maison de Croix l'une des plus considérables et des plus anciennes des provinces de Flandre et d'Artois, tenait son nom d'un fief, dont le chef-lieu, comprenant seul près de 800 vassaux, situé dans la Flandre wallonne, en la châtellenie de Lille, à une lieue et demie au nord-est de cette ville. Elle figure depuis le douzième siècle parmi l'ancienne chevalerie, et a soutenu l'éclat de son origine par de nombreux services militaires et de belles alliances3.
1A. de GHELLINCK:
Les Sires de Pottes sur l'Escaut pages 69 à 723 Chevalier de COUCELLES
Histoire généalogique et héraldique des Pairs de France.
Tome IV (Paris 1824)
Le 27 avril 1613, au quinzième anniversaire de la signature de leur (très détaillé*) contrat de mariage, Pierre de Croix, adoubé la même année, réunit la seigneurie de Préseau, du chef de sa femme, Anne de Baudringhien, à celle cédée dix jours plus tôt par leur oncle, le vicomte Antoine Maria. Le dénombrement des fiefs de Préseau, qu'il présenta fait mention d'"un fief ample se consistant en 10 arrière-fiefs".4
* Contrat de 7 pages A4 totalisant dans les 300 lignes. 4 Archives dép. de Lille, B. 12.067.
Eglise et château de Préseau
L'hôtel, dénommé ainsi sous Hubert en 1570, tenait en une maison "manable" avec grange, jardin, pâturage et bosquet sur deux muids ou 3 hectares 65 ares. En 1661, il fut remanié en château par Pierre de Croix et son épouse; cheminées sculptées et armoriées 57; de Croix - de Baudrenghien.
Les descendant de Pierre de Croix et d'Anne de Baudrenghien jouirent de Préseau durant quatre générations.
En 1724, le village acquiert son nom actuel, on y recense alors 250 résidents.
C'est en 1779, sous Louis-Eugène de Beauffort, héritier de Préseau en 1774, descendant lui-même des de Croix par sa mère57 et des Baudrenghien (de Cramet2) par la mère de celle-ci, que la bâtisse sera officiellement qualifiée de château dans un dénombrement. Il est alors entouré d'un ancien vivier et des dépendances à usage de colombier, de basse-cour, et de verger clos de haves, il couvrait alors 36 mencaudées, soit 8 hectares 28 ares; "tenant à l'église et au cimetière et à la rue tenant à l'église".
Le comte de Beauffort, ancien député des Etats d'Artois à la Cour, mourra en exil à Bruxelles en 17932. Cette branche des comtes de Moulle et de Croix, barons de Pottes et vicomtes de Préseau, s'éteignit le 13 novembre 1825, avec Louise Fernande Henriette de Beauffort, chanoinesse de Nivelles, veuve du comte de Merode1. Cette ancienne et illustre famille originaire d'Artois, de noblesse guerrière, portait d'azur à trois jumelles d'or, comme en témoigne l'ancienne salle des croisades du Palais de Versailles. Elle compta nombre de représentants dans les chapitres nobles de France et des Pays-Bas. La branche cousine encore existante s'établit en Belgique en 1830.1 Charles POPLIMONT
La Belgique Héraldique
tome.1, p.346.2 Eugène BACHA Histoire généalogique
de la noble maison de Beauffort en Arois,
(Bxl 1925), p.323.
En 1832, l'Annuaire du département du Nord1 relève 553 ha de labours (sur une superficie de 621 ha), ce qui est comparable aux 308 muids, une huitelée et trois quartiers de terre repris dans un Cartulaire de 1448.
1 DEMEUNYNCK & DEVAUX
Ann. statistique du dép.du Nord, p.71.
En 1856, Mr. Cellier écrivait*; " le castel, dans un parfait état de conservation servait alors de ferme."
*Mémoires de la Société d'Agriculture de Valenciennes, t.VIII, p.91.
Actuellement (2010), les ruines du château sont cerclées de barrières métalliques et le parc attend une possible reconversion touristique.
| Sommaire |
5. Espérance de vie
la moyenne de longévité concernant notre généalogie, calculée par ordinateur* sur 23 générations, entre les XIII° et XXI°siècles, pour 1387 hommes et 1233 femmes est paradoxalement de 63 ans et 7 mois pour les hommes & 56 ans et 5 mois pour les femmes.
"Arbre Généalogique" v.1.6a (Personal Soft).
| Sommaire |
6.3 - Les Habsbourg (1477-1515) 6.3.1 - Marie de Bourgogne (1477-1482)
6.3.2 - Philippe le Beau (1482-1506)
6.3.3 - La Régence de Guillaume de Croÿ (1506-1515)
6.6 - La Belgique française (1792-1815) 6.6.1 - Sous la République (1792-1804)
6.6.2 - Sous l Empire (1804-1815)
6.7 - Le Royaume des Pays-Bas (1815-1830) 6.7.1 - Guillaume Ier d Orange-Nassau (1815-1831)
Drapeau Lotharingien aux bandes horizontales conformes aux règles héraldiques
La féodalité trouve ses fondements dans le système Carolingien qui le précède. Au cœur du Moyen-Âge, la vassalité perdure mais devient pratiquement contractuelle. A l'engagement public succède la signature d'un acte certifié par des témoins. Le fief donné en gage devient un bien héréditaire aliénable transmis en primogéniture masculine sous réserve d'un droit de relief correspondant à une année de revenu et d'un nouvel hommage.
1034
Construction de l'hospice paroissial Saint-Brice, sans le savoir, sur le tumulus funéraire de Childéric.
1051
Le Comte de Hainaut Herman Régnier décède. Sa veuve, Richilde épouse Baudouin de Flandres, dit de Lille, et fondent ensemble une nouvelle dynastie. Dès la première dynastie comtale, le «pagus hainoencis» ou «comté de Hainaut» et «Mons», son centre administratif, s'affirment dans les textes. Les comtes de Hainaut sont depuis l'an 870 des fonctionnaires impériaux nommés par les descendants de Charlemagne. Les comtes tireront d'ailleurs profit des dissensions entre ces derniers pour élargir malicieusement leurs pouvoirs.
1054
Tournai, défendue par des militaires fidèles au comte de Flandre fut prise d'assaut, pillée, mise à sac et incendiée par les troupes impériales germaniques de Henri III.
Saint-Eleuthère, mythes et réalité.
1063
1064Nicolas Poutrain, dans son "Histoire de la Ville et Cité de Tournai1" consacre un long chapitre contradictoire à la vie et aux légendes accordées à Saint Eleuthère évêque de Tournai, sous Clovis: La plus commune opinion est qu'Eleuthère (ou Lehire selon l'ancienne appellation) naquit à Tournai sous Mérovée, deuxième Roi de France, qui commença à régner l'an 448, & qui mourut l'an 458, de parents riches & qui tenaient grand rang dans cette ville. Le père d'Eleuthère s'appelait Serenus & sa mère Blanda. Serenus était issu d'une famille noble & ancienne qui tirait son origine d'Irénius, ce premier tournaisien qui fut éclairé par Saint-Piat2 des lumières de la foi. Saint Médard (qui unira les diocèses de Noyon et Tournai en 545), jeune picard de son âge que ses parents faisaient élever à Tournai fut condisciple de Saint Eleuthère dans son jeune âge et lui prédit qu'un jour il serait évêque de cette ville. Comme les Francs n'affectaient pas une grande sévérité à réprimer le Christianisme, nombre de manants adhérèrent en conformité d'inclinaisons à cette famille qui répandait mille biens autour d'elle. Loin de réprimer son fils, Serenus tenait lieu en quelque sorte de capitaine de cette milice chrétienne rassemblée par lui. Mais bientôt, ces entreprises devinrent trop hardies aux yeux du prince païen, qui tenait la Cour à Tournai. Vers 482 ou 483, ils furent cités, interrogés & bannis de la ville avec leurs adhérents. Cette petite troupe exilée se retira à Blandain, où Sérénus possédait quelques terres. Au mépris de la persécution, ils donnèrent un nouveau relief à leur communauté & élurent un évêque en titre, Théodore, qui ne tint le siège que peu de temps, avant d'être tué par la foudre. Eleuthère, alors âgé de 30 ans, successeur du premier, se rendit à Rome officialiser sa promotion canonique par la main du Pape, Félix III. A la fin du V°s, Eleuthère, qui s'était distingué dans des phénomènes inexpliqués, fut accusé par les Païens de la peste qui sévissait à Tournai, et allèrent le quérir à Blandain. Ils l'amenèrent enchaîné, le fouettèrent et l'emprisonnèrent. Mais la nuit, un ange lui ouvrit la prison et le reconduisit à Blandain. La mortalité redoubla et ce fut alors l'occupant qui fut accusé par la population de tous ses malheurs. Pressé par la foule, le tribun se rendit à Blandain et prosterné aux pieds de l'évêque, le supplia de détourner le fléau exterminateur et de l'instruire, lui et les siens, à la foi de Jésus-Christ. Ravi de ce revirement, Saint-Eleuthère leur ordonna de jeûner sept jours et de revenir le voir au huitième pour les baptiser. L'ordre fut exécuté et la mortalité cessa. Les Tournaisiens ne pouvant plus se voir privés de la préférence du Prélat le ramenèrent dans leur ville sous mille acclamations. Ils établirent pour mémoire de leur baptême & du retour de leur évêque une fête solennelle tous les ans au 27 septembre. Cette translation arriva l'an 492 après que St Eleuthère eut tenu huit ans l'Evêché à Blandain, qui peut se glorifier d'avoir été le berceau de l'église de Tournai. Saint Eleuthère mourut à 73 ans, le 22 février 523, de son obstination à vouloir réprimer l'hérésie d'un homme de pouvoir, qui le fit rouer de coups par ses hommes de mains au point qu'il en trouve le trépas1 .
Trois cents cinquante ans plus tard, la bienheureuse Thècle de Roubaix*, évangélisatrice de la ville, eut dans son sommeil une révélation, lui faisant connaître le lieu de sépulture d'Eleuthère, et se vit investie par le Saint, d'avertir l'Evêque de Tournai-Noyon, que sa volonté, était qu'on aille en l'église de Blandain, quérir ses reliques enfuies près de l'autel, pour les porter à Tournai. Mais à l'époque, l'église cathédrale avait déjà le privilège d'abriter les reliques de Saint Nicaise, un des premiers Archevêques de Reims, historiquement liée à Tournai par le baptême de Clovis et le couronnement de ses successeurs. Cela suffisait à la satisfaction des paroissiens et à l'évidence, Baudouin Ier ne fut pas enclin à un tel retour.
Deux siècles passèrent encore, quand au début de la seconde moitié du XI°s, un ecclésiastique indélicat aurait profité de la confusion d'un incendie dans la cathédrale, pour dérober les ossements de St Nicaise afin de les rapporter à Reims.
Le 25 août 10643 , les Tournaisiens privés de reliquaire, montèrent une expédition sur Blandain pour s'approprier celui de leurs voisins. Ils furent accueillis par une compagnie d'archers, mais par un prodige extraordinaire, les flèches lancées par les Blandinois, se retournèrent en plein ciel contre eux. C'est en procession que les Tournaisiens rentrèrent dans leur cité, déposer le précieux butin dans la crypte de la cathédrale.En 1247, à la date commémorative du 25 août, les restes de Saint Eleuthère furent cérémonieusement placés dans la châsse que nous connaissons sous Benoît XVI, par le légat du Pape Odon de Tusculum et l’évêque de Marvis*. En 1556, le Chapitre papiste de Tournai préserva les reliques des profanations hérétiques en les envoyant à Douai. De retour à Tournai aux prémices de la révolution française, elles furent abritées en plusieurs endroits de la ville chez des particuliers avant d'être translatées en 1802 à la Cathédrale par l'évêque Hirn.
1 Nicolas POUTRAIN
"Histoire de la Ville et Cité de Tournai, etc."
Tome II (1750)- p.741 et suivantes, d'après Cousin..2 Evangélisateur de Tournai à la fin du 3°siècle.
* Roubaix fut longtemps sous la juridiction de l'Evêché de Tournai.
La noble Dame Thècle évangélisa la ville française après sa guérison miraculeuse de la cécité.3 Guibertus Tornacensis (Guibert de Tournai)
Vita sancti Eleutherii
(1261-1266)*Ouvrage d'orfèvre de cuivre et d'argent (1m15 x 50cm x 87cm), erronément attribué à Saint-Eloi, l'argentier de Dagobert.
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1065
Une cruelle famine qui durera sept ans, affligea le pays de Hainaut. "La mortalité était si forte qu'on ne trouvait, pour ainsi dire plus de monde pour enterrer les morts".
1071
Après Arnould, qui ne fut comte de Hainaut que quelques mois, vint Baudouin II dit "de Jérusalem", pour la vaillance dont il fit preuve à la première Croisade.
1091 (?)
Le supérieur de l’abbaye d’Eename et plusieurs autres prélats, réunis dans la chapelle du manoir de La Hamaide à la requête de Messire Gérard, sgr du lieu, reçoivent le serment des jeunes nobles chevaliers de la région qui se disposent à prendre part à la 1ère croisade de terre sainte. Nous y voyons les châtelains d’Ath, de Flobecq, de Rebaix, de Renaix, de Bracle…
d'après l'abbé Meunier.
POURCELET
Histoire de Flobecq,
Notons que l'appel du Pape n'aura lieu que 4 ans plus tard...
1092
Tournai subit un étrange fléau depuis trois ans, quand à la fin de l'été 1092, l'évêque Radbod II, ordonne jeûne et pénitence à ses fidèles et organise une Grande Procession dans les murs de la ville, invoquant l'indulgence de Saint Eleuthère.
Les historiens actuels estiment que les exégètes du passé se sont fourvoyés en transcrivant les archives épiscopales, et traduisant la locution latine "pestis" (fléau) par "peste", épidémie qui ne se propagera en Europe que 250 ans plus tard. Ils émettent l'avis que la population aurait pu être frappée d'ergotisme*, une intoxication grave provoquée par un champignon contaminant l'ergot de seigle et conséquemment, le pain... dont les effets dans sa forme gangréneuse étaient assez répugnants.
L'éradication du mal chez les dévots, pourrait s'expliquer par le stricte respect d'un jeûne prolongé, mais consacrée en miracle par l'église, la Grande Procession devint annuelle.Album du IXème Centenaire de La Grande Procession.
(Fabrique d'Eglise 1992)
*Site officiel de la Grande Procession.
Réédification de l'abbaye de Saint-Martin à Tournai.
Vers 881*, une expédition normande sans précédent remonta l'Escaut depuis la mer du Nord pour piller les villes de son rivage, balayant au passage les armées carolingiennes parfois très puissantes qui les défendaient. Leurs embarcations légères faites d'osier et couvertes de peaux1 étant incapables de briser les glaces, ils passeront l'hiver à Gand, mais au printemps suivant, ils attaqueront Tournai, mettant la ville à sac, pillant et incendiant l'abbaye primitive de Saint-Martin.
1 Charles PIOT
Histoire de Louvain de son origine jusqu'aujourd'hui
(Louvain 1839) p 13.*MYER Annales Fland. :Anno 876, 880 ou 882 suivant les chroniques.
1092
Durant plus de deux siècles, elle fut laissée à l'abandon avant de renaître de ses cendres par l'abnégation d'un homme de foi.
Originaire d'Orléans, Odon est né vers 1050, on ne sait où il fit ses études, mais son excellente réputation de professeur acquise à Toul lui vaudra d'être sollicité par le Chapitre de la cathédrale de Tournai pour un poste d'écolâtre (maître d'école monastique). Intellectuel brillant, il enseigne philosophie et rhétorique et étend l'intérêt de ses étudiants aux sciences et à l'astronomie.
Il est à Tournai depuis cinq ans lorsque des cours à donner le conduisent à lire le traité de Saint Augustin sur le libre arbitre. C’est pour lui une révélation qui va bouleverser sa vie qu'il estime désormais futile. La conversion est profonde et le changement radical : il limite le temps donné à son enseignement pour se consacrer à la prière et adopte un style de vie austère, donnant ses biens aux pauvres.Soucieux de garder dans le Chapitre cet homme de valeur qui semble lui échapper, l'Evêque Radbod lui accorde l'autorisation de réédifier l'abbaye de Saint Martin, sur les lieux où le saint de Tours vint prêcher la bonne parole au IV°s. Odon s'y installe en 1092 avec quatre élèves devenus ses disciples et vit avec eux une vie canoniale suivant la règle de Saint Augustin. Ils sont rapidement une petite vingtaine.
Trois ans plus tard, sous l’influence d’Alvise, abbé de l’abbaye d'Anchin, (un ami et conseiller spirituel) Odon et sa communauté adoptent la règle de saint Benoît. L’abbaye prend rapidement un grand essor, en particulier grâce à son atelier de scribes et de copistes. A son apogée, elle s'étendra sur l'emplacement de l'actuel hôtel de ville, du parc adjacent et de l'enclos qui en a gardé le nom.
Odon est abbé de Tournai depuis treize ans lorsque, en 1105, il est élu évêque de Cambrai. Le diocèse passe par une crise profonde. L’évêque Gaucher qui avait accepté l’investiture de l’empereur Henri IV était accusé de simonie, avait été déposé par le Concile de Clermont (1095) et excommunié par le pape. Il n’en reste pas moins à Cambrai, soutenu par le pouvoir impérial du Saint-Empire, empêchant Odon de prendre possession de son siège épiscopal. Odon réside alors à l’abbaye d'Anchin où il composera plusieurs œuvres théologiques importantes, avant d'y mourir le 19 juin 1113.
Source : Wikipédia; Guibert Michiels, Article 'Odon' dans le Dictionnaire de Spiritualité, vol.XI, col.614-616, (1982).
Appel à la guerre sainte - La Première Croisade.
1095
Le 27 novembre, de concile à Clermont-Ferrand, le pape Franc Urbain II s'insurge contre l’invasion en Terre Sainte des Turcs Seldjoukides et appelle à la croisade, accordant par avance l’indulgence plénière à ceux qui entreprendront le voyage à Jérusalem pour libérer le Saint-Sépulcre.
1096
« On a prétendu qu’avant de partir, Anselme de Ribemont, de Bouchain, seigneur d’Ostrevant et troisième châtelain héréditaire de Valenciennes invita les gentilshommes du pays à un tournoi à Anchin sur les bords de la Scarpe, et que là ils prirent tous la croix. On allègue même une charte où sont cités nominalement, au nombre d’environ deux cent trente, ces illustres hôtes dont le comte de Hainaut Baudouin II, dit-on, se déclara le chef… ».
BIBLIOTHEQUE NATIONALE
Histoire du Hainaut
pp.184-185
Il est avancé également que pour entrer en lice les chevaliers devaient prouver huit quartiers de noblesse du côté de leur père et autant du côté de leur mère. Jean Le Carpentier dans son "Histoire de Cambray et du Cambrésis" (1664) fait allusion à cette charte et rapporte à la page 183, qu'elle fait mention d'un Chevalier nommé Siger de Bellodenguiens, "qui peut estre Baudrenguien". (sic)
Mais, aucun chroniqueur ou historien antérieur à Carpentier ne parle ni du fait du tournoi, ni de la charte qu'il fut le premier à publier, avec en marge la note "ex abbatia aquicinctensi" indiquant que ce serait aux archives de l'abbaye d'Anchin qu'il l'aurait empruntée [...]. Par conséquent, l'authenticité du fait historique et du titre qui le mentionne ne repose que sur la seule autorité et l'unique garantie de Jean-Baptise Carpentier (son vrai nom ?). Mais nous le demandons, si cette solennité a eu lieu, en effet, s'il a existé un acte authentique aussi important, étendu, circonstancié et appuyé de l'autorité de près de 300 noms les plus considérables du pays, est-il vraisemblable que dans aucun écrit ancien ou monument quelconque, il ne se rencontre rien qui témoigne du fait et puisse cautionner la charte en question ?11 E.A. ESCALLIER :
L'ABBAYE D'ANCHIN 1079-1792
Chapitre III, page 37
1096
Quoi qu'il en soit, après s'être acquittés des moissons d'été et armés en fonds propres, les croisés belges liés par des serments de vassalités se mirent en route. les uns pour Rouen pour retrouver le comte de Flandre Robert II, lui-même vassal du roi de France. Les autres, rejoignant Metz à la suite de Baudouin II, comte de Hainaut rallié à Godefroid de Bouillon, duc de Basse Lotharingie et marquis d’Anvers. Les premiers chemineront par Lyon et descendront l'Italie avant une traversée en bateau vers Constantinople où les seconds seront arrivés par l'Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie. La bravoure de Godefroid de Bouillon, reconnue unanimement et sa connaissance des langues romane et germanique (bilinguisme qui n'est attesté que par l'émulation patriotique belge dans les manuels scolaires à partir du XIX°s) le désigneront à la tête des nobles et des seigneurs chrétiens.
1098
Le comte de Hainaut, n'arrivera pas à Jérusalem, il mourut en Anatolie, son fils homonyme, Baudouin, troisième du nom, qui était également du voyage succéda au titre, jusqu'en 1120 (ép. Yolande de Gueldre). Nombreux sont ceux qui trouvèrent la mort au cours du périple: "Alors ils sciaient les cadavres parce qu'on découvrait des besants cachés dans leur ventre, d'autres découpaient leurs chairs en morceaux et les faisaient cuire pour les manger"1.
1 arte : Dieu le veut: "Godefroid de Bouillon" - diffusion en novembre 2011, sans référence précisée mais qu'on devine musulmane.
1099
Le 15 juillet, après un mois et demi de siège sous un soleil de plomb, la coalition assurée du salut éternel prend Jérusalem et massacre la population sans distinction d'âge, de sexe, de race ou de culte et tuent aveuglément musulmans, chrétiens ou juifs, hommes, femmes et enfants. La mission demandée par le Pape est accomplie dans le sang et étendue aux alentours par les Croisés. Pour assurer une pérennité à leurs conquêtes, ils installent de petits roitelets et proposent le Royaume latin de Jérusalem à Godefroid de Bouillon qui refusera de porter une couronne d’or, là où le Christ n’avait porté qu‘une couronne d’épines et préfèrera prendre le titre d'Avoué du Saint-Sépulcre, où il sera inhumé quelques mois plus tard.
Ce sont deux tournaisiens qui entrèrent les premiers dans la ville.
L'absence prolongée des seigneurs de guerre eut des impacts considérables. Toutes les seigneuries ne sortirent pas indemnes de cette aventure et certains domaines furent ruinés. On assista aussi à l'émergence d'une nouvelle caste sociale, La Bourgeoisie, constituée des marchands demeurés sur place pour assurer l'activité économique.
Il est évident aussi que nombre de Croisés ne revinrent jamais de cette expédition: Certains tombèrent sur les champs de batailles d'autres succombèrent aux maladies, puis enfin, des volontaires prirent souche là-bas. Enfin, certains vétérans à leur retour retrouvaient parfois leur épouse remariée ou avec de nouvelles bouches à nourrir...
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1105
Tournai naquit et prospéra de son fleuve. Au début du XII° siècle, le commerce y est florissant. On construit la seconde enceinte des remparts et le style gothique s'impose peu à peu dans les rues. L’abbaye de Saint Martin, qui comptait une vingtaine de disciples à sa fondation, douze ans plus tôt, abrite à présent quatre-vingts moines soumis à la règle stricte de Saint Benoît, patron des Bénédictins.
1109
Un tremblement de terre fait de nombreuses victimes à Tournai.
1119
L’Ordre religieux et militaire du Temple est créé à Jérusalem pour sécuriser la route des pèlerins. Il est composé de moines soldats laïques autorisés à tuer. Apparition progressives des premières armoiries.
1120
Baudouin IV (1108 † 1171), surnommé le Bâtisseur devient comte de Hainaut. Une dizaine d'années plus tard, il épousera Alix de Namur (1115 † 1169), dernière fille de Godefroy, comte de Namur et d'Ermensende de Luxembourg.
1140
"l'Abbé Hériman qui écrivoit vers l'an 1140 l'histoire du rétabliffement de son Monastère de St. Martin, dit que le Roi étant délivré de ce fiège, donna à l'Evêque Crafmer "Monetam Civitatis", la Monnoïe de la Ville, ou fi l'on veut, le droit d'y battre monnoïe" (sic).
1 Nicolas POUTRAIN
"Histoire de la Ville et Cité de Tournai, etc."
Tome II (1750)- p.568.
La cathédrale de Tournai.
1141
On commence à monter les murs de la cathédrale actuelle sur les vestiges de deux édifices primitifs datant du V° et du VI° siècle. 30 années et 2.000 "oeuvriers" seront nécessaires à son édification : architectes, tailleurs de pierre, menuisiers, verriers, charpentiers, couvreurs, qui dépendront de Carriers, bûcherons, bateliers (via l'Escaut) et charretiers pour l'approvisionnement du chantier. Les charpentiers à eux seuls eurent huit années de travail.
1146
Le pape Eugène III décrète la séparation du diocèse de Noyon-Tournai, il nomme l'abbé Anselme comme évêque de Tournai avec juridiction sur la Flandre et le Hainaut.
1147
Deuxième croisade destinée à reprendre les territoires récupérés par les Turcs, elle se terminera deux ans plus tard sur un échec cuisant.
1148
Première mention officielle de la maladrerie du Val d'Orcq, à Tournai. Léproserie communale, gérée par l'évêché. Elle était située en dehors de la ville, non loin de la porte de Lille.
1153
Fondation de l'abbaye de Cambron à 4 lieues de Mons à laquelle se rattachèrent les maisons des Bernardines de ND-du-Verger près de Douai, de Fontenelles-lez-Valenciennes, de la Vierge du Bon-Secours et enfin d'Epinlieu. Mais ces créations pacifiques n'empêchaient pas la guerre de continuer entre le Hainaut et la Flandre. Tantôt Thierry, tantôt Baudouin était l'agresseur. Gislebert remarque à la louange de ce dernier, que malgré la puissance de son rival, le comte de Hainaut préserva ses Etats avant de les unir à la Flandre par mariage.
1159
"Mr.Cousin, historien de Tournay, paroit avoir exagéré la stérilité et le nombre des terres à Lamain en jachères en 1159 données par Béatrix de Rumes au Chapitre de Tournay.(...) Le bureau de bienfaisance du canton de Tournay possède à Lamain 3 bonniers de terre à labeur, occupés par Hyppolite de Baudrenghien, dont 2 bonniers tenant du levant à Paul Carnouy, Louis Dubus" .1
1 Essai Chronologique pour servir à l'histoire de Tournai, tome LX, p.92 (1812)
1168
Le comte de Flandre Thierry d'Alsace meurt à Gand. Son gendre, fils de son ennemi le comte de Hainaut Baudouin IV, hérite le titre et la fonction. A la mort de Baudouin IV*, en 1171 , son fils cumulera en son chef, les titres de comte de Flandre sous le nom de Baudouin VIII et de comte de Hainaut sous celui de Baudouin V.
Inhumé à Mons en la collégiale Ste-Waudru
1171
9 mai La cathédrale romane de Tournai est sacralisée par l'évêque Gauthier Ier et dédiée à Notre-Dame.
Tournai, cité urbaine autonome.
En 1187, l'évêque Evrard confie la destinée de Tournai à Philippe Auguste, qui érige la ville en commune royale et en rétrocède une partie à la guilde des bourgeois, revendicatrice de prérogatives et d'un statut particulier. Cette cession marque une évolution symptomatique au plan politique. Le pouvoir n'est plus à l'évêque mais au roi de France, qui accorde à la ville le statut unique pour nos régions à cette époque, de cité urbaine autonome. L'activité économique prend un nouvel essor et les premières banques apparaissent autour de l'activité des "Cambgeurs". L'année suivante, Philippe Auguste signe l'acte fondateur du beffroi symbole de cette nouvelle société civile.
Le beffroi de Tournai.
Le beffroi sécurisera la ville contre les intrusions éventuelles et les incendies, tant redoutés à cette époque. Il était en effet fréquent qu'une maison faite de bois et de torchis boute le feu à tout un quartier, et il arriva même que le sinistre se propagea sur l'autre rive de l'Escaut par les étals des camelots parqués sur les ponts. De par leur accès professionnel à l'eau, les "goudaliers" (brasseurs de bière) étaient désignés par les autorités pour éteindre les incendies. A la fin du XIII°s, la sécurité était tellement aboutie à Tournai que, au dire de Li Muisis, "les gens à pied et à cheval pouvaient en sortir en tout temps, la nuit comme le jour, les portes n'avaient pas même de serrures et elles étaient ouvertes à tout venant" 1.
1 Jos. HOYOIS :
Tournai au XIII°siècle
page 7
Les jours de fête, on lançait des friandises aux enfants du haut de la tour et comme à Ypres, on y sacrifiait de temps à autres quelques chats dans le vide, histoire de contrarier le mauvais sort et la réincarnation des sorcières.
Philippe Auguste accorda encore aux Tournaisiens le privilège "d'avoir une cloche civile dans la cité, en un lieu convenable pour convoquer les bourgeois quand les affaires de la ville le requerront". 2
2 A.G. CHOTIN :
Histoire de Tournai
& du Tornesis. (1840)
A partir du 18 mai 1395, sur plainte des marchands, laboureurs et autres, on sonnera dorénavant la cloche du beffroi à des heures fixées. Elle rythmera les journées de travail, préviendra de l'ouverture et de la fermeture du marché, et le soir venu, elle avertira du déversement des ordures ménagères dans la rue et du lâcher de cochons, chargés de s'en sustenter. Il était peu de ménages qui n'en possédaient un ou deux pour se faire une provision de lard pour l'hiver. Le séjour de ces animaux en ville, la malpropreté des rues, les maisons basses et humides, telles sont les principales causes des épidémies qui ont affligé nos contrées au XIV et XV°s. Si les cochons déambulaient en ville, les chiens errants par contre étaient abattus par un préposé municipal appelé "tuequien"*.
H.VANDENBROECK
Extrait analytique des anciens registres des Consaux de Tournay.
tome I, (1861) pages 23 & 49.
La Charte donnée par le roi de France aux tournaisiens, en 1180, ne leur parviendra matériellement que 31 ans plus tard, en l'an 1211 3. Des 36 articles qu'elle contient, 26 sont consacrés à rendre la justice et constituent un véritable code civil et pénal. A cette époque, le tribunal de Tournai était constitué de deux magistrats, appelés prévôts, et de jurés qui siégeaient ensemble quotidiennement en matinée. Un prévenu appréhendé était auditionné avec les témoins éventuels et jugé dans les 24 heures. La sentence souvent rendue à l'emporte-pièce pouvait aller de la simple amende, à la dégradation physique, et était affichée publiquement.
3 M. HOVERLANT DE BEAUWELAERE.
"Essai Chronologique pour servir à l'Histoire de Tournay" - tome C
(1832) - p312.
Au Moyen Age, la privation de liberté n'était pas envisagée comme un châtiment en tant que tel. La mise en détention d'un malfaisant dans une des cellules du beffroi, n'était que temporaire et se faisait aux frais du détenu. A cet égard, les noms des cachots aménagés aux différents étages de la tour étaient assez évocateurs sur leur confort: Il y avait de haut en bas; les Quatre-Vents, le Solequin (de soledad ? - solitude en espagnol ?), la Bourcette, la Cambrette puis la fosse pour les indigents.
Les manants qui s'étaient rendus coupables de banqueroute, de faux, de bigamie, d'escroquerie, de proxénétisme, de friponneries au jeu, de grivèlerie aux champs, etc.. étaient condamnés au pilori. Celui-ci se trouvait au pied du beffroi 4. Le malfaisant y était attaché et exposé à la vindicte populaire, on lui lançait à la figure insultes et ordures, autant de jours de marchés consécutifs que lui valait sa faute.
4 BOZIERE :
Tournai ancien et moderne (1864)
Le bannissement temporaire frappait les fauteurs de désordres, adultères, incitation à la débauche, prostitution, abandon d'enfants, blasphème, révoltes sociales. Certains, bannis d'autres villes étaient à nouveau refoulés. Le bannissement perpétuel était prononcé à l'égard des ravisseurs de femmes.
Les tournaisiens diront que la torture et la mutilation avaient moins cours dans leur ville, qu'ailleurs, mais pour moult raisons on pouvait néanmoins y perdre une oreille, un orteil ou une main. De plus, les peines pouvaient être cumulées... amputation et exil, etc.
Il suffit de compter le nombre de clochers à Tournai pour comprendre l'importance qui était accordée à la religion. Un blasphémateur avait intérêt à tourner sept fois la langue dans sa bouche pour ne pas la perdre, ou encore avoir les lèvres fendues au fer rouge 5. Le 26 mai 1397, on publie dans tous les carrefours les lettres du roi : La première fois, ils seront attachés où ils demeureront de l'heure de prime à celle de none, et où on pourra leur jeter oeufs, boue et autres ordures, excepté des pierres ou choses qui puissent les blesser. - La seconde fois, ils seront mis au pilori un jour de marché et on leur fendra la lèvre supérieure avec un fer chaud. - La troisième fois, la lèvre inférieure. - La quatrième fois, on leur coupera toutes les banlèvres, de manière à mettre les dents à découvert. - Enfin, la cinquième fois, on leur coupera la langue. Celui qui ne dénoncera point les blasphèmateurs sera mis à l'amende de 60 £, ou en prison s'il ne peut payer.
5 Léo VERRIEST
"Comment on punissait les blasphémateurs au Moyen Age" (1905)H.VANDENBROECK
Extrait analytique des anciens registres des Consaux de Tournay.
tome I, (1861) p.40.
Hormis les meurtres crapuleux, les délits majeurs furent inégalement jugés suivant le climat politique et religieux du moment. Les faubourgs de Tournai comptaient quatre gibets "ordinaires" et permanents. Il y en avait un passé la porte de Marvis, un second et un troisième aux faubourgs de Saint-Martin et de Maire et un dernier à Havinnes. Les exécutions plus exceptionnelles ou de propagandes étaient rendues sur la Grand-place, sous le tintement continu de la cloche du beffroi et immédiatement suivies de l'enterrement sur place du ou des suppliciés 6.
6 DE NEDONCHEL Georges Alexandre:
Les anciennes lois criminelles en usage dans la ville de Tournai.
Mémoires Soc. Hist. Litt de Tournai - t.IX (1867)
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1188
Conrad de Montferrat, chargé de la défense de Tyr, informe le Pape du "Djihad" (Guerre Sainte) mené par le sultan Saladin d'Egypte et de la situation critique que vivent les Etats latins d'Orient instaurés en 1099 par les Croisés. La reprise de Jérusalem provoque une Troisième Croisade. A leur départ, Philippe Auguste, Henry II d’Angleterre et le comte de Flandre, convinrent de distinguer leurs hommes par couleurs. La croix de gueules (rouge) fut attribuée aux français, l’argent (blanc) aux anglais et le sinople (vert) aux flamands afin de les distinguer sur les champs de bataille et un impôt, "La Saladine" dont seraient exonérés les hommes d'église fut imaginé et lamentablement exploité.
1192
Cette Troisième Croisade débutée il y a quatre ans se clôture par la défaite alliée, mais restera célèbre en Occident par la capture du roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion. Et en Orient pour l'éclatante victoire de Saladin, qui assurera la suprématie musulmane à Jérusalem jusqu'à l'exode du Peuple Juif après la Seconde Guerre mondiale. Le 2 septembre la paix est proclamée entre Saladin et le roi Richard qui quitte la Palestine après avoir reconstitué le royaume latin.
1194
Charte-loi de Chièvres en Hainaut. Premier acte administratif connu rédigé en français et non en latin.
Baudouin de Constantinople
1195
Après vingt-quatre années de règne, Baudouin V s'éteint à Mons le 17 décembre 1195. Son fils aîné Baudouin (IX), déjà comte de Flandre par le décès de sa mère trois mois plus tôt, lui succède sous le nom de Baudouin VI de Hainaut. Marie, fille du comte palatin de Champagne, lui donnera deux filles; Jeanne et Marguerite.
Camille WINS
Eloge historique de Baudouin de Hainaut et de Flandre, Empereur de Constantinople, (1856 - p.19).
1196
Année calamiteuse, s'il en fut jamais, ouragans continuels, pluies torrentielles, inondations désastreuses et pour comble de malheur, les grains sur pied gelés se vendirent 60 sous la mesure, ramenant durablement la famine dans nos Comtés. Pour soulager les misères enfantées par ces fléaux dévastateurs, Le comte Baudouin eut recours à la sage mesure des greniers d'abondance approvisionnant les pauvres à un prix raisonnable, ce qui le fit aimer et respecter de ses sujets. Fidèle à tous ses devoirs, le jeune Souverain s'empressa d'aller à Compiègne rendre l'hommage à la France. Il y montra tant de courtoisie, que le roi satisfait lui donna gracieusement la principauté de Mortagne.
Th. LESNEUCQ : Histoire de la ville de Lessines - 2ème éd., p.226.
1197
A l'instigation des industrieux flamands qui veulent des rapports continuels avec les marchands anglais, Baudouin renouvelle avec son cousin Richard Coeur-de-Lion, un traité offensif et défensif ce qui provoque un nouveau conflit entre le roi de France et son vassal. C'est dans ce contexte que Baudouin VI assiège infructueusement la ville de Tournai contre rançonnement.
Camille WINS
Eloge historique de Baudouin de Hainaut et de Flandre,Empereur de Constantinople, (1856 - p.20).
1202
Au mois d'août 1198, le Pape Innocent III appelle à une nouvelle Croisade, la quatrième de l'histoire de la Chrétienté. Mais cette fois tournée vers l'Egypte, nouveau centre névralgique de la puissance musulmane. L'enthousiasme religieux qui animait jadis les belligérants s'est édulcoré et la cupidité prévaut désormais. C'est donc pour des raisons de lucre que les Croisés détourneront leur mission vers Constantinople avec la complicité des riches marchands Vénitiens au grand dam du Pape qui n'en décolère pas et condamne cet outrage.
1204
Mi-avril, mise à Sac la ville byzantine et fondation de l’Empire latin de Constantinople par les Croisés (1204-1261). Le comte de Hainaut est proclamé Empereur le 9 mai sous le nom de Baudouin Ier de Constantinople. A Mons, chef-lieu du Hainaut, on peut voir une statue équestre le représentant en bronze du sculpteur bruxellois Joseph Jacquet (1868) face à l'hôpital Saint-Joseph.
1205
A la mort de son père, Jeanne de Constantinople, fille aînée de Baudouin devint comtesse de Flandre et de Hainaut jusqu'en 1244, année de sa mort. Elle avait épousé en premières noces Ferrand de Portugal avant Thomas de Savoie. Henri de Hainaut prend la place de son frère sur le trône de Constantinople.
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1207
Geoffroy de Ville-hardouin, Maréchal de Champagne, rédigea en termes élogieux* pour les Croisés, une chronique en franchois (et non en latin) sur la conquête de Constantinople par les empereurs Baudouin et Henri de Hainaut et les événements qui les y conduisirent entre 1198 et 1207.
"De la Conqueste de Constantinoble" (sic)
Ed. Jules Renouard
Paris 1838
1214
Dimanche 27 juillet, victoire française à Bouvines contre la coalition alliée à Jean Sans Terre. Philippe Auguste reprend la ville de Tournai, conquise le 1er octobre 1213 par Ferdinand de Portugal pour son épouse, Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut.
1215
Avec le quatrième concile de Latran apparaît un nouvel acteur de l'église : le curé paroissial, plus proche des fidèles priés de communier et de se confesser au moins une fois par an, à Pâques et dorénavant en privé. Les évêques conciliaires révolutionnent le mariage en imposant la publication des bans et en instaurant le consentement mutuel. La consanguinité jusqu'au quatrième degré est définie comme un empêchement majeur que seul le pape pourra lever.
1215
Saint-Jacques évangélisa l'Espagne avant d'être décapité et livré aux chiens à son retour en Palestine. Sa dépouille fut ramenée en Galice par ses compagnons où son "aura" sera telle, que l'invocation de son nom aidera les Ibères à se libérer des Maurs. Les Croisades livrées contre le même ennemi feront de Compostelle un pèlerinage incontournable pour la sauvegarde des valeurs chrétiennes. Le Diocèse de Tournai confrontée de bonne grâce à cette transhumance entre la Flandre et Paris de ceux qui rejoignaient la "Via Turonensis" ou en revenaient, entama dès 1167 hors des murs, l'édification d'une église dédiée au Saint permettant aussi d'héberger une nuit ce "tout-venant" dans un narthex de 120 m². Cinquante années seront nécessaires pour parachever complètement cet édifice qui était alors limité aux deux niveaux inférieurs de la tour actuelle. Au siècle suivant, il sera absorbé par l'expansion de la ville.
1218
Le seigneur d'Audenarde approuve la vente des parts de dîmes à Flobecq, faite par Theodoricus de Baudrengien et sa femme Aliidis (Alix) à l'abbaye de Saint-Martin (Tournai). Devant Arnould de Audenarde, ils vendent pour 28 £ de Flandre à l'abbaye, leur part de dîme de la paroisse de Flobecq. Témoins : Baudouin d'Ogy, Arnould Majore, Simone de Molenbaix : « Ego Arnulphus, dominus de Aldenarda, notum volo fieri omnibus litterarum istarum inspectoribus, quod Theodoricus de Baudrengien et Aliidis, uxor sua, in recompensatione date sibi pecunie XXVIII librarum Flandrensis monete, dederunt in elemosinam ecclesie Beati Martini de Tornaco totam decimam quam in parrochia de Florebech ipse Theodoricus, ex parle uxoris sue, de me tenebat in feodo, et coram paribus suis : Balduino de Ogi, Arnulpho Majore, Symone de Molendino»
A.d'HERBOMEZ : Chartes de l'abbaye de Saint-Martin, tome I, (1898), p.260 & 261
1221
Evrard Raddo, châtelain de Tournai et seigneur de Mortagne investit les moines de St.-Martin de la dime des novales d'Esplechin : «...Tandem facti sui penitens, et injuriam suam recognoscens, in presentia mea constitutus, coram hominibus meis, paribus suis, Jacobo scilicet de Tuns, Bernardo de Pesc, Theodorico fratre suo, militibus Gerardo d' Erembaudenghien, Evrardo de Vinea, Johanne de Velvang...». L'original de cette charte, scellé sur lacs de soie rouge en cire brune se trouvait aux Archives de l'Etat à Mons. Les Archives générales du Royaume à Bxl en détiennent une copie : Cartulaire 121, p.164
Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, tome 24, page 61.
1231
A. de la Grange nous dit dans ses testaments tournaisiens qu'en l'an 1231, Gerars de Erenbaldeghen est cité à Tournai.
t.2 des Annales de la Soc. Hist. et Litt. de Tournai (1897) p.254
1231
Les échevins de Saint Brice à Tournai déclarent que Maroie de Tuns a vendu à l'abbaye de St. Martin tout ce qu'elle possédait à Rumillies : «..Plége en sunt Watiers de Holain, lui chevalier, et Gérars de Erenbaldeghen, de cette quittance, faire de tout..»
A.d'HERBOMEZ : Chartes de l'abbaye de Saint-Martin Tournai, tome I, (1898), p.376
1232
« Jeanne de Baudrenghien persuada son mary Jean Le Maire, bailly du grand Chapitre de Cambray de bastir une Chapelle pour le service des sœurs de l'hospital Saint Jean, auquel Arnould, Jean et Simon de Baudrenghien firent aussi du bien »
LE CARPENTIER
«De l'Estat de la Noblesse»
Cambresis - III, p. 182
1237
Ouverture d'une léproserie à Tournai.
1237
L'Artois est détaché de la Flandre.
Au XIII°s le drapeau de Lotharingie est simplifié.
1238
Les armoiries de la maison de Mortagne ont éprouvé beaucoup de variations. Le plus ancien scel de cette famille que l'on connaisse est celui de Baudouin I qui se trouve aux archives départementales à Lille, appendu à un acte de 1191. Il offre un type équestre; le bouclier du chevalier est chargé d'un dextrochère. Ce bras armé se retrouve encore dans le scel d'Arnoul de Mortagne, châtelain de Tournai, apposé à un acte de 1234 1. En 1238 (ou 1245 d'après du Chastel1) , la charge de l'écu est changée; la croix apparaît pour la première fois et devient désormais le signe héraldique de toutes les branches de la maison de Mortagne qui conservent ce nom2 avec diverses brisures connues. D'or à la croix de gueules; Cimier: deux pieds de bouc au naturel, renversés, adossés, le sabot en haut. Cri : Tournai !.
1 P.-A. du CHASTEL de la HOWARDRIES-NEUVIREUIL
NGT - tome I (1881)
page 9.2 G. DEMAY
"Inventaire des sceaux de la Flandre"
Paris (1873) n° 5583.
Fondation de l'hôpital Notre-Dame de Lessines
1242
La reine mère, Blanche de Castille, fut régente de France pour son fils Louis IX (mieux connu sous le nom de Saint-Louis), jusqu'à son émancipation en 1234. Les seigneurs flamands prêtèrent allégeance au nouveau souverain, mais quelques barons belliqueux se rallièrent au roi d'Angleterre Henri III, et à son ambition de récupérer les possessions françaises de son père, Jean sans Terre. Les soldats de Saint-Louis contraignirent à la retraite les Anglais, le 21 juillet 1242, à la bataille de Taillebourg*. Dans cette victoire, Arnould IV d'Audenarde, Sire de Pamele et grand bailli de Flandre, fut mortellement blessé. Soucieux de sa rédemption, le seigneur de Lessines légua par testament une partie de sa fortune aux pauvres de sa ville, et chargea son épouse, Alix de Rosoit, dame d'honneur de la reine-mère1 d'en faire le meilleur usage. Alix acquit bientôt à Lessines quatre masures, situées entre l'église (fondée en 1075) et la Dendre, y établit une communauté religieuse et posa les fondements d'un hôpital de charité.
* près de Poitiers
1243
A sa création, l'institution ne bénéficiait d'aucun statut officiel, pas plus civil que religieux et l'héritage épuisé, les problèmes de trésorerie jaillirent comme une évidence. Alix se tourna alors vers son fils, Jean d'Audenarde, qui sauva l'hôtel-dieu** de la banqueroute, en lui allouant une rente couvrant une partie de ses frais de fonctionnement. Les chanoinesses entrant dans l'Ordre de St Augustin étaient issues de la petite noblesse, et souvent, filles de chevaliers, mais les filles des riches bourgeois était également les bienvenues, tant qu'elles honoraient le vœux de pauvreté, les obligeant à céder en dot à la communauté une partie des biens familiaux.
** Hôpital pour les pauvres
1244
Marguerite de Constantinople, avait épousé dans la controverse Bouchard d'Avesnes, bailli du Hainaut et sous-diacre de l'Eglise de Laon. Veuve ensuite de Guillaume de Dampierre, comte de Flandre et seigneur de Courtrai, elle succéda à sa soeur Jeanne et associa sous sa tutelle les Comtés de Flandre et de Hainaut.
1247
Gui Ier de Laon, évêque de Cambrai (1238-1248) énonce les premiers statuts à l'hôtel-Dieu de Lessines : "La Noble Dame Alix veuve d'Arnould, seigneur d'Audenarde, a construit et institué dans la ville de Lessines, pour le salut de son âme et de ses ancêtres, un hôpital pour y recevoir les pauvres, débiles et malades et y exercer toute autre oeuvre de charité". Trois années plus tard, le pape accorde 40 jours d'indulgence aux bienfaiteurs de l'institution. Progressivement, une nouvelle aile (sud) et une vaste chapelle seront construites, suivies d'une ferme. Quatre cent cinquante hectares de terres en fermages, apporteront une nouvelle source de revenus et permettront à l'hôpital, de vivre en complète autarcie.
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1248
D'après une charte de Robert, comte d'Artois, en date du 29 mai 1248, le mot "Ghistelda" signifie terre abandonnée. Par cette charte le comte donne au majeur, aux échevins et à la communauté de la ville de Saint-Omer [Pas de Calais 62] les mêmes privilèges et franchises sur les nouvelles "Ghistelda" situées entre les maisons de feu Pierre, fils de Jean de Sainte Aldegonde, et les échoppes de Jean de Baudrenghien, que ceux dont ils jouissaient sur les anciennes.
LA COUR DES COMTES DE FLANDRE, Leurs Officiers héréditaires.
Tome I: Le Chambellan de Flandre et les sires de Ghistelles.
Page 82, (référence)
1250
Le lundi 28 mars à Helchin : « ...In quibus ipse tenebatur Gerardo de Erenbaudenghem annuatim, et pro quibus idem G(erardus) factus est homo noster feodalis... »
1251
Le 6 juin, tournoi chevaleresque de Trazegnies.
1252
Avril. Charte rédigée en latin de Marguerite de Constantinople et avalisée par son fils, Guy de Dampiere, pour l'adoucissement du servage en Flandre.
1252
15 mai. La bulle "Ad extirpenda" éditée par le pape Innocent IV, rend légitime l'usage de la torture envers les hérétiques. Elle est désignée sous le nom de "quaestio" (question).
1256
En décembre, l'Evêque de Tournai approuve la vente de la dîme d'Aeltre, faite par la dame de la Woestine à l'abbaye de St. Martin, Waltero de Badelinghem, signe en qualité de témoin.
A.d'HERBOMEZ : Chartes de l'abbaye de St-Martin, (1898) t.2 pp.127 à 129 & 132, 133
1257
JuinErnous, sire de Mortagne et châtelain de Tournai, approuve l'hommage fait par son frère Roger, seigneur d'Espierre, à l'évêque de Tournai, pour une rente assise sur le péage d'Espierre. Ghérart de Erenbaldenghem signe l'acte comme témoin en qualité d'homme de fief de l'évêque.
Bibliothèque Universitaire de Gand, ms G.16191, f°1050
1259
Certains seigneurs de La Hamaide furent inhumés à l’abbaye de Cambron (entre Mons et Ath). On retrouve dans le Cartulaire du monastère, la donation de Thierry, seigneur de La Hamaide, d’une partie du bois située sur le territoire d’Oeudeghien, à condition d’avoir en ses murs le lieu de sa sépulture. Ce lieu de piété eut, en effet, au cours des XIII° et XIV° siècles un tel renom de sainteté que bien des princes et des gentilshommes sollicitèrent la faveur de pouvoir y faire déposer leurs dépouilles mortelles.
1265
Croisade de Pouilles avec le châtelain et l'avoué de Tournai. Un "avoué" est un avocat attaché aux intérêts d'une institution religieuse
1270
Otton V du Roeulx, pair de Silly, époux de Marguerite de Ghistelle, reprend le nom et les armes de sa mère, Agnès de Trazegnies et fonde la seconde maison de ce nom.
@ Cercle Heraldus - (Mons)
1275
"Année terrible où cheurent du ciel de Tournay des gresles et pierres contenant en tous 6 poulces, qui tuèrent hommes et bêtes". Description assez proche des conséquences en Europe continentale de l'éruption du volcan islandais le Laki en 1783.
Chronique rimée de Philippe MOUSKES, évêque de Tournai au XIII°s.
1275
Rédaction du Veil rentier d'Audenarde. Livre foncier des biens et revenus de sire Jehan de Pamele. Véritable cadastre où figurent en détail les noms des villages, des hameaux, des lieux-dits, des chemins, des sentiers, des ruisseaux, des marécages, des étangs, des moulins, des châteaux, etc. On y trouve également le nom des personnes avec leur profession et leurs biens. Ce recueil de 374 pages concerne 12 localités : Ellezelles, Wodecq, Flobecq, Ogy, Ghoy, Lessines, Isières, Bois-de-Lessines, Papignies, Lanquesaint, Tongres et Bauffe.
On y apprend qu'à «Florbiert» (Flobecq) : « Messires Gilles de Baudrenghien, li Capelains, doit 8 rasières d'avaine, de 3 boniers et demi de bruière, en Augomont » comme rente à l'abbaye.
Veil Rentier : 41r°
1277
Messire Simon de Baudrenghien (v.1232), chevalier, épouse dame Agnès de Pronville comme attesté par lettre datée.
(Par 1976, 144-160)J-B de GREZ au Ministère des Affaires Etrangères, Fonds héraldique ref : 3 m 46
1280
Le 10 février, décès de la comtesse de Hainaut et de Flandre, Marguerite de Constantinople. Jean Ier d'Avesnes, fils de son premier mari (Bouchard d'Avesnes) devient comte de Hainaut et comte des Etats de son épouse Alix de Hollande-Zélande, dame de Frise.
1280
Gillion d'Ierbaudenghem est avoué à Moen. Pour rappel, un "avoué" est un avocat attaché aux intérêts d'une institution religieuse
Ch. MUSSELY : Cartulaire ND. de Courtrai, p.169
1281
L'abbé Li Muisi, de Saint-Martin à Tournai fait référence au "Lundi des Parjurés", qui suit l'Epiphanie, et en parle déjà à cette époque comme d'une ancienne coutume. Elle trouve ses origines dans les assises publiques de "franches vérités" ou "plaids généraux" qui devaient élucider les méfaits demeurés non élucidés, fermant les yeux par tradition ce jour là, sur la rédemption des manants qui par peur, mensonge ou omission avaient soustrait des coupables à la justice seigneuriale. Pour ce faire, la foule était rassemblée en place publique ou autour de la tombe de la victime lorsqu'il s'agissait d'un meurtre.
1281
En cette année s'éleva entre les comtes de Flandre et de Hainaut l'interminable débat au sujet des terres de Lessines et Flobecq.
Th. LESNEUCQ-JOURET : Histoire de la ville de Lessines 2° éd., p.227
Tournai au XIIIème siècle
"Au XIII°s, Tournai présentait un aspect tout autre. Jusque vers l'an 1300, son territoire actuel était occupé par quatre véritables villes, bien distinctes délimitées par l'Escaut. Sur la rive gauche, s'étendait la Cité, protégée par des murs datant des Romains et entourée de faubourgs populeux. De l'autre côté de l'eau se trouvait le Bourg, et la Terre de Saint-Jean des Caufours à droite. Le Bourg était enfermé dans une enceinte et se terminait par une agglomération de maisons du côté des portes Morel et Marvis.
Le Bruille (Paroisse St-Nicolas) était domaine des châtelains de Tournai. La forteresse féodale de ceux-ci s'élevait "en l'isle de l'Escaut nommée St-Pancrace" au confluent de la rivière de Jennenes ou Jennes.
Le Bourg et le Bruille étaient séparés par un terrain vague, le "Biekeriel", où se voyait le "Pierre fameleuse" (de famelicus, affamé). Le Biekeriel se composait d'un certain nombre d'habitations misérables. Il servait habituellement de refuge à des gens sans aveu, qui, bénéficiant de ce qu'il relevait des Seigneurs de Bruille, y pouvaient braver impunément l'autorité du magistrat de Tournai. Quant à la Terre de Saint-Jean des Caufours, elle dépendait des seigneurs de Leuze, de la maison d'Avesnes.
Le désir d'unifier la juridiction et de se débarrasser des indésirables, qui molestaient volontiers les habitants de la Cité, engagèrent le magistrat à acquérir ces terres.
Allain, Warchin, le bois de Breuze, les Chauffours et toute la seigneurie, avec la justice haute, moyenne et basse, furent achetésen 1289, au prix de 4500 £ tournois. Les droits de cens et de dîme qu'avait l'abbaye de St-Amand sur cette seigneurie, lui furent conservés. D'autre part, Hue de Châtillon, tout en le vendant, se réserva le droit de gîte.
En 1295, le Bruille devenait définitivement propriété de la ville, on le paya 8600 £ à la châtelaine, Marie de Mortagne 1.1 Jos. HOYOIS :
Tournai au XIII°siècle
pages 1 à 7.
Entre 1277 et 1302, une poussée démographique provoque l’accroissement du territoire urbain de Tournai et l’extension du périmètre des fortifications de part et d’autre de la rive droite et de la rive gauche de l’Escaut. Par décision communale, un pont, voulu d'architecture militaire enjambant l'Escaut constituera la 19ème porte de l'enceinte protectrice de Tournai. Deux tours percées de meurtrières, une courtine percée de baies et d'archères et des arches chargées de lourdes grilles défendront l'accès à la ville par le fleuve.
Son édification débutera en 1281 par la tour "Bourdiel", du côté du centre urbain. La tour de la "Thieulerie", sur la rive droite du fleuve sera élevée vers 1303, mais 25 ans furent encore nécessaires pour les relier par les arches.
<= La tour "Bourdiel"
sur la Rive gauche de
l' Escaut.
On peut s'étonner de voir sur d'anciennes photos des vues de tours carrées et d'autres arrondies. En fait, il s'agit bien des mêmes tours. Une face panoramique offre une action de 180° sur les abords extérieurs du fleuve, l'autre côté, tourné vers la ville, étant "plat".
En 1294, la tour de guet que constitue le beffroi ne permettait plus de couvrir l'étendue de la ville. Entre-temps l'édification de choeur gothique de la cathédrale est également venu masquer une partie de la visibilité du vigile. Les magistrats de la ville accordent un budget pour rehausser l'édifice et renforcer sa base par quatre tourelles polygonales.
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1286
Pierre de Erbaudenghien vend à l'Evêque de Tournai un moulin situé à Helchin.
Bulletin Soc. Hist. & littéraire de Tournai, t.16 (1874), page 110.
1288
Jean de Mortagne, sire d'Espierres, scelle de son écu (chargé d'une croix) un acte concernant le douaire de Pentecôte de Luxembourg qui devait épouser son cousin, Guillaume de Mortagne, sire de Rumes et de Dossemer.
1 P.-A. du CHASTEL de la HOWARDRIES-NEUVIREUIL
NGT - tome I (1881)
page 9.
1291
Le dernier bastion Croisé tombe à Saint-Jean d'Acre.
1296
25 février. Conflit d'intérêts entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII, au sujet de la publication d'une bulle, intitulée "Clericis laicos", interdisant au souverain de soumettre le clergé à l'impôt.
1298
Le rentier d'Artois relève 11 verges de terre seans a Baudringhem (Wardrecques) qui eskeïrent a monsigneur le Conte de Tassin le Bastart, li quele estoit tenue de Tassart de Ruuescure et le tient Willame li Bouvres par lettres de baillie,
La Bataille des Eperons d'or
1302
A cette époque, la Flandre était un comté prospère relevant du roi de France. Les Artisans étaient organisés en Métiers équivalents à nos Syndicats. Chaque Métier avait un statut propre et dérogeait à la justice ordinaire.
En 1302, les Artisans de Flandre firent sédition contre les taxes jugées abusives que prélevait Philippe le Bel et pour cet outrage, Gui Dampière, le comte de Flandre sera arrêté et emprisonné à Paris.
Le 18 mai, lors des "Matines brugeoises" un millier de partisans français furent trucidés dans leur sommeil. Les milices communales de Flandre se rassemblèrent autour des Gui de Namur, bientôt rejoint par son frère, Jean et leur neveu, Guillaume de Juliers. Ils entamèrent une offensive insurrectionnelle, engageant 25.000 hommes et prirent Courtrai.
Philippe le Bel dépêcha sur place une armée deux fois plus nombreuse, avec à sa tête le comte d'Artois. Le 11 juillet, s'engagea sur le champ de bataille de Groeninghe (Courtrai) une lutte sanglante au cours de laquelle on ne fit pas de prisonniers et dans laquelle périt la fleur de la noblesse de France et d’Artois.
On donna à cette journée le nom des "Eperons d’or", que portaient les princes français. Ces éperons ramassés sur le champs de bataille, suspendus dans l’église Notre-Dame à Courtrai, en signe de gratitude pour la victoire donnée à une milice populaire, face à une armée rompue aux choses de la guerre.
Les survivants prirent la fuite dans toutes les directions, poursuivis avec un certain acharnement par les Flamands. L'abbé Li Muisis (de Saint-Martin) rapporte dans ses chroniques (1298-1322) qu'au lendemain de la bataille, les soldats Français fuyant en divers lieux hors de Courtrai, et jusqu'au village de Dottignies, où ils furent tués et dépouillés...
1303
La région de Tournai, restée fidèle au roi de France, connut par la suite de nombreuses incursions des troupes anglo-flamandes. Ils boutèrent notamment la feu à ville de Lessines.
Le 8 octobre 1303, ils vinrent une nouvelle fois piller et ravager les faubourgs de Tournai. Li Muisis relate encore que les Flamands qui étaient restés, cette nuit-là, et parce qu'ils n'avaient plus de provisions et que la faim les prenait, se replièrent vers Courtrai et brûlèrent la ferme de Valemprez à Dottignies.